Publicité « Clouer le bec à ceux qui doutent qu’un mégot peut mettre le feu à la forêt » : ne jetez plus votre cigarette par la fenêtre, c’est une cause réelle d’incendie
Rien de plus banal qu’un mégot de cigarette. Et pourtant. En été, il n’y a rien de plus dangereux. « Ce n’est pas un mythe », un mégot peut provoquer un incendie d’ampleur. Une démonstration était organisée ce mercredi 17 juin, à Gardanne (Bouches-du-Rhône), à la veille de l’été, pour le lancement de la campagne de prévention contre les feux de forêt, dans la Région Sud.
Depuis le bord d’une route, d’un chemin, depuis une aire autoroute. C’est une statistique invariable : plus de 90 % des incendies sont provoqués par une main humaine. Et parmi les causes, un invariant : le mégot de cigarette. Certains pensent que ce geste est innocent. Jeter sa cigarette, après l’avoir fumée. La voir voler en arc de cercle. Atterrir dans l’herbe sèche. Elle roule, « sa fraise » incandescente est à 400 °C. Le mouvement d’air provoqué par le passage d’une voiture l’attise. Ou bien le vent. 10 km/h suffisent pour apporter l’oxygène propice à la combustion.
« Ce n’est pas un mythe, mais une réalité »
Voilà la démonstration organisée ce mercredi 17 juin 2026, pour lancer la campagne de prévention de l’été 2026, contre les feux de forêt. « Là, on a reconstitué la nature, avec les petits arbustes et l’herbe de bord de route, présente Jacky Gérard, le président de l’Entente Valabre. On le fait pour clouer le bec à ceux qui doutent qu’un mégot peut mettre le feu. Ce n’est pas un mythe, mais une réalité. » Située à Gardanne, l’Entente Valabre est un lieu de formation pour les pompiers, un site de recherche et de prévention face aux risques naturels majeurs.
L’expérimentation d’embrasement exige quelques ajustements. Un ventilateur simule un vent à 15 km/h, tandis que l’air est chauffé par un appareil de bricolage. Un peu poussif ? Cet été, la végétation sera sèche, très sèche, anticipe un forestier. Le taux d’humidité va baisser. Et le mercure monter en pic. Au moindre coup de mistral, le danger sera écarlate.
Un petit mégot, de gros dégâts
Vent, hygrométrie et températures extérieures, ce sont les trois facteurs déterminants qui mènent à l’éclosion d’un feu. À l’Entente Valabre, le match est vite plié. Les premières flammes crépitent en une minute. Avant l’embrasement généralisé. « Un petit mégot provoque de gros dégâts, décrit Frédérique Giroud, directrice du Ceren, le centre d’essai et de recherche. Il faut entre 1 et 7 minutes pour que le feu démarre. Ça fume, ça prend, ça s’étale. » En un clin d’œil, « il y a 1 200 °C dans la flamme. Éloignez-vous, le rayonnement est fort. » De fait, les nombreux journalistes présents ont déjà reculé. Sans lance à incendie, le feu serait inarrêtable.
2 541 mégots ramassés… Sur 100 m de départementale
Pendant la saison estivale 2025, 15 000 départs de feu ont été comptés en France. Chaque été, il y en a 2 500 dans la région. Ceux-ci sont davantage provoqués par l’imprudence que par la malveillance. Selon les estimations de la sécurité civile, quand la responsabilité humaine est engagée, 60 % des départs de feu relèvent d’une imprudence. Les mises à feu volontaires, les gestes criminels, ne sont pas la majorité.
Qu’est-ce qu’une imprudence ? Des travaux de débroussaillage ou agricoles qui provoquent des étincelles. Un barbecue à proximité d’une zone boisée. La circulation à moteur en forêt. Mais la première cause d’imprudence (environ 30 %) est le jet de mégot de cigarette encore incandescent. Sur la route départementale, qui longe l’Entente Valabre à Gardanne, un tronçon de 100 m de route a été passé au crible. Bilan ? 2 541 mégots y ont été ramassés. « La prévention est ce qui coûte le moins cher et ce qui est le plus efficace », résume Éric Brocardi, porte-parole de la Fédération nationale des sapeurs pompiers, appelant à une mobilisation de tous.
Et vous, où jetez-vous votre mégot ?
Les regards se tournent vers les fumeurs, non pour parler tabagisme, mais pour poser la question suivante : où est-ce que vous jetez votre mégot ? Les buralistes vont participer à l’effort de pédagogie, des affiches pourront être apposées sur la caisse des tabacs. Et 200 000 cendriers de poche vont être distribués pendant l’été, dans la Région Sud. « On ne réussira pas si on ne convainc pas le fumeur que ce geste est inacceptable, soutient Vincent Zappia, président d’Alcome, éco-organisme pour la réduction des mégots dans l’espace public. La clé, c’est le changement de comportement. »
La campagne de prévention estivale (Paca et Occitanie) a choisi le slogan : « Quelle forêt voulons-nous ? » À l’image, on voit une famille attablée en pique-nique. À gauche, le paysage est calciné. À droite, la forêt méditerranéenne encore verdoyante.
Deux énormes incendies, provoqués par un jet de mégot
Il n’est pas nécessaire de remonter dans le temps, pour trouver la trace d’incendies gravissimes, provoqués par un mégot de cigarette. L’actualité récente a mis en lumière les soupçons qui pèsent sur un agent de l’Office national des forêts, fumeur, qui pourrait avoir jeté un mégot et être à l’origine du plus gros feu jamais subi dans le département de l’Aude. Autour de Ribaute, 17 000 hectares sont partis en fumée, en août 2025.
Le Var peut aussi témoigner de l’immense difficulté à arrêter un incendie, provoqué par un mégot de cigarette. Le 16 août 2021, le feu avait pris à Gonfaron, depuis l’aire d’autoroute de Sigues, sur l’A57. L’enquête a formellement établi qu’il avait démarré avec un mégot de cigarette. Il a fait deux morts et dévasté 7 000 hectares dans le massif des Maures.



