Depuis près de trois ans, M. Jas, propriétaire d'une maison à Clapiers (Hérault), vit un véritable calvaire. Achetée 500 000 euros en avril 2023, sa demeure se fissure de toutes parts à cause du phénomène de retrait-gonflement des argiles (RGA), lié à la sécheresse. Malgré la publication d'un arrêté de catastrophe naturelle en juin 2024 pour la période d'octobre à décembre 2023, son assureur refuse de l'indemniser. Accompagné par l'expert Jérémy Chatal du cabinet Altaïs, M. Jas dénonce une instruction bâclée et envisage désormais une action en justice.
Des dégâts visibles et une situation qui s'aggrave
Dès l'extérieur, les dégâts sont impressionnants : de larges fissures parcourent les murs, la terrasse est littéralement coupée en deux. La porte d'entrée est hors d'usage, obligeant M. Jas à pénétrer chez lui par le garage. À l'intérieur, le bilan est tout aussi alarmant : un trou au-dessus de la fenêtre du séjour, une fissure traversant la chambre principale de long en large, et des dégradations similaires dans la chambre d'amis et la salle de bains. « Il n'y avait rien lorsque je l'ai achetée », affirme-t-il, encore marqué par l'ampleur des dégâts.
Les premiers désordres sont apparus quelques mois seulement après son installation. Des fissures typiques du retrait-gonflement des argiles, un phénomène provoqué par les variations d'humidité des sols qui fragilise les fondations des bâtiments. Selon le Bureau de recherches géologiques et minières, 55 % du territoire hexagonal est exposé à un risque moyen ou fort de RGA, un chiffre qui grimpe à près de 84 % dans l'ancienne région Languedoc-Roussillon.
Un parcours du combattant avec l'assurance
Face aux dommages, M. Jas s'est d'abord tourné vers son assurance pour une prise en charge au titre des catastrophes naturelles. Mais les démarches se sont rapidement enlisées. En septembre 2025, après le refus d'indemnisation consécutif à l'expertise de son assureur, il a fait appel à Altaïs Expert. Il estime que son dossier n'a pas été examiné sérieusement : « L'expert m'a dit "c'est sûrement à cause de vos arbres, peut-être une malfaçon au moment de la construction", il égrainait des suppositions sans vraiment chercher les causes du sinistre. C'est un comportement pour le moins stupéfiant. »
Une contre-expertise a été demandée, mais elle n'a pas débloqué la situation. Jérémy Chatal raconte : « L'expert est venu les mains dans les poches et n'est resté qu'une dizaine de minutes. Il nous a finalement indiqué que le sinistre était antérieur à la période couverte par l'arrêté, ce qui a conduit à écarter le dossier d'une potentielle indemnisation. »
Des pratiques questionnables et un système sous tension
Pour Jérémy Chatal, le cas de M. Jas illustre une difficulté récurrente : « Certains dossiers donnent le sentiment que la recherche de motifs d'exclusion prend parfois le pas sur l'analyse complète des causes des désordres. » Plusieurs arguments reviennent régulièrement : antériorité supposée du sinistre, défaut d'entretien, problème de construction ou présence d'arbres. « Les assureurs travaillent aussi avec des objectifs statistiques de gestion des sinistres, ce qui peut expliquer certaines pratiques », avance-t-il.
Le fonctionnement du régime des catastrophes naturelles soulève aussi des interrogations. La Caisse centrale de réassurance (CCR), qui prend en charge une partie du coût des sinistres pour le compte de l'État, ne dispose d'aucun pouvoir de contrôle sur l'instruction des dossiers par les assureurs. L'avocat de M. Jas, Me Robin, défend l'idée que chaque dossier doit faire l'objet d'une analyse technique pour établir un lien direct entre les dommages et le phénomène naturel reconnu, ce qui est loin d'être systématique. Il craint qu'à terme, sous la pression des lobbies, la sécheresse soit exclue des contrats multirisques habitation.
« Cette histoire me vampirise »
Pour M. Jas, le plaisir d'être propriétaire s'est transformé en une longue bataille administrative et technique. « Je ne m'attendais pas à rencontrer autant de difficultés lorsque j'ai acheté. Je me demande maintenant combien de temps il faudra pour sortir de cette galère », confie-t-il. Malgré la fatigue, il assure vouloir poursuivre : « Quoi qu'il arrive, je ne lâcherai rien avant d'obtenir ce qui m'est dû. Et s'il faut aller en justice, j'irai. Ça fait bientôt trois ans que ça dure, et ça me vampirise. »
Une procédure a été engagée par l'intermédiaire de son avocat pour demander à l'assureur de réaliser les études techniques nécessaires, faute de quoi une action en justice sera intentée. M. Jas espère encore une issue amiable, mais il sait que le temps judiciaire pourrait prolonger le conflit de plusieurs années. Contacté par Midi Libre, l'assureur n'a pas souhaité s'exprimer.



