Les baby-boomers américains, nés entre 1946 et 1964, détiennent une part disproportionnée des richesses et du pouvoir politique, créant ce que certains appellent une « oldigarchie ». Selon la journaliste Anne Applebaum, cette génération a façonné les États-Unis à son image, au détriment des générations suivantes.
Une concentration des richesses sans précédent
Les baby-boomers possèdent environ 70 % des actifs financiers du pays, alors qu'ils ne représentent qu'environ 20 % de la population. Cette concentration s'explique par des décennies de croissance économique favorable, des politiques fiscales avantageuses et une hausse spectaculaire des prix de l'immobilier. En 2023, la valeur nette médiane des ménages boomers était de 1,2 million de dollars, contre 200 000 dollars pour les milléniaux.
Cette inégalité générationnelle se creuse. Les boomers ont bénéficié de retraites généreuses, de systèmes de santé publics comme Medicare, et d'une éducation universitaire abordable. À l'inverse, les jeunes font face à des dettes étudiantes record, des salaires stagnants et un accès réduit à la propriété.
Un pouvoir politique verrouillé
Le système politique américain amplifie ce déséquilibre. Les électeurs âgés votent en plus grand nombre que les jeunes : lors des élections de mi-mandat de 2022, 70 % des plus de 65 ans ont voté, contre seulement 30 % des 18-29 ans. Les politiciens, pour être réélus, courtisent donc les seniors, défendant des programmes comme la Sécurité sociale et Medicare, même si leur financement pèse sur les générations futures.
« Les baby-boomers ont utilisé leur poids électoral pour protéger leurs acquis, souvent sans se soucier des conséquences à long terme », explique Applebaum. Cette « gérontonomie » se traduit par des dépenses publiques massives pour les personnes âgées, tandis que les investissements dans l'éducation, la recherche ou les infrastructures pour les jeunes stagnent.
Des conséquences économiques et sociales
Cette domination a des effets concrets. Le déficit budgétaire américain, en partie dû aux dépenses pour les seniors, atteint 1 700 milliards de dollars en 2024. Les jeunes, eux, subissent un coût du logement en hausse de 40 % en dix ans, et des emplois précaires. Selon une étude de la Brookings Institution, la mobilité sociale a chuté : un Américain né en 1980 a moins de chances de dépasser le revenu de ses parents qu'un né en 1940.
Applebaum souligne que cette situation alimente un ressentiment générationnel. « Les milléniaux et la génération Z se sentent exclus d'un système conçu par et pour les boomers », écrit-elle. Ce clivage pourrait influencer les prochaines élections, où les candidats devront arbitrer entre les promesses aux seniors et les besoins des jeunes.
Vers un changement de paradigme ?
Certains analystes estiment que le vieillissement de la population pourrait pousser à des réformes. Mais Applebaum reste sceptique : « Les boomers ont réussi à figer le système en leur faveur. Il faudra une crise majeure pour briser cette oldigarchie. » En attendant, les États-Unis restent un pays où l'argent et les idées d'une génération pèsent plus que jamais sur l'avenir.



