Magistrats épuisés dénoncent une maltraitance institutionnelle après l'affaire Lyhanna
Magistrats épuisés : maltraitance institutionnelle après Lyhanna

Après l'affaire tragique de la petite Lyhanna, des magistrats du ressort de la cour d'appel de Nîmes expriment leur épuisement et dénoncent une "maltraitance institutionnelle". Kellian Blanchet, délégué régional de l'Union Syndicale des Magistrats (USM), a organisé une réunion entre magistrats et une psychologue clinicienne pour évaluer leur moral, qualifié de "très compliqué".

Des conditions de travail indignes

Les magistrats du parquet sont confrontés à des scènes de crime épouvantables la nuit, avant d'enchaîner avec des audiences correctionnelles le lendemain. "Le parquetier a aussi pour rôle d'être toujours présent quand il y a un crime", explique Blanchet. "Il peut être réveillé en plein milieu de la nuit et doit aller sur une scène de crime, prendre des décisions dans l'urgence, se blinder face à l'indicible, puis rentrer chez lui, réveiller les enfants à 7 heures, et venir au travail à 9 heures pour une audience." Cette violence, selon lui, nécessite du temps et du repos pour être assimilée, mais "à cause des nécessités de service et du manque de moyens, des parquetiers enchaînent 12 jours de travail d'affilée sans récupération possible".

Un sous-effectif chronique

Blanchet souligne un sous-effectif dramatique : au tribunal de Nîmes, on compte 11,3 juges du siège pour 100 000 habitants, contre une moyenne européenne de 21. Pour le parquet, le ratio est de 3,76 pour 100 000 habitants, alors que la moyenne européenne dépasse 12. "Les effectifs n'ont pas augmenté en conséquence des violences sur mineurs, qui ont augmenté de près de 77 % en 10 ans", déplore-t-il.

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Une souffrance psychologique profonde

Les magistrats ressentent "honte et culpabilité" lorsqu'ils sont en arrêt maladie, certains mentant à leur médecin pour retourner au travail. "C'est de la maltraitance institutionnelle", insiste Blanchet. "Les magistrats sont contraints d'être maltraitants par ces modes de fonctionnement indépendants de leur volonté, à cause du manque de moyens." Il évoque le suicide d'une collègue de 29 ans, Charlotte, à l'origine de la tribune des 3000. "Il y a des suicides chez les magistrats", rappelle-t-il.

Un dilemme impossible

Face à la surcharge, les magistrats doivent choisir entre "faire vite et mal" ou "faire bien et lentement", deux options qui engendrent de la souffrance pour les citoyens. "Le discours de la haute hiérarchie, c'est 'on sait que vous souffrez, mais il va falloir faire plus'", rapporte Blanchet. L'USM avait déjà publié un livre blanc en 2015 pour alerter sur la souffrance des magistrats.

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