Un homme jugé pour avoir dépouillé une octogénaire de 830 000 €
Jugement pour abus de faiblesse sur une octogénaire

Un ancien démarcheur téléphonique jugé pour avoir dépouillé une octogénaire

Le procès de Matthieu Tabaud, un Bordelais de 46 ans, s'est ouvert ce lundi 18 mai devant la cour criminelle des Pyrénées-Atlantiques à Pau. Il est accusé d'avoir abusé de la faiblesse de Jeanne Narbout, une octogénaire de 88 ans, et de l'avoir dépouillée d'une grande partie de son patrimoine, estimé à 830 000 euros. Les faits, qui se sont déroulés entre 2019 et 2023, incluent des accusations d'enlèvement, séquestration, abus de faiblesse sur personne vulnérable, abus de confiance et blanchiment.

L'accusé, déjà connu de la justice pour des escroqueries, avait notamment été condamné à deux ans de prison dont six mois avec sursis pour abus de faiblesse. Il travaillait comme démarcheur téléphonique, vendant des bouteilles de vin de mauvaise qualité à des prix élevés à des personnes âgées dans les Pyrénées-Atlantiques. C'est dans ce cadre qu'il a rencontré Jeanne Narbout en 2019, une retraitée habitant à Bœil-Bezing, dans le Béarn.

Une relation de confiance exploitée

« Je lui ai livré du vin et on a sympathisé. Ça s'est fait naturellement, nous avions beaucoup d'atomes crochus. Je me sentais bien avec Jeannette », a déclaré l'accusé à la barre. Au fil du temps, il la considérait comme sa « marraine de cœur » et affirme qu'elle le voyait comme un fils. L'octogénaire n'avait pas d'enfants, aucun contact avec sa famille et aucun héritier direct, ce qui a facilité la manœuvre de Matthieu Tabaud.

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Peu à peu, il a pris le contrôle de sa vie, gérant ses comptes bancaires et ses actifs, tout en créant des sociétés immobilières en cogestion. Il a acquis et revendu plusieurs biens immobiliers sur la Côte basque avec cet argent. Devant les juges, il a justifié ses actions en affirmant vouloir « l'aider à faire fructifier son argent avec des investissements » ou « s'occuper d'elle », dans une relation « d'amour, de famille et de partage ».

Un déménagement orchestré et un Pacs signé

Moins de six mois après leur rencontre, il a convaincu Jeanne Narbout de déménager près de chez lui, à Saint-Pierre-d'Irube, puis ils ont pris un appartement ensemble à Bayonne. Il la présentait à l'agence immobilière comme sa tante. Pendant ce temps, il profitait de son patrimoine, effectuant de nombreux virements bancaires à son nom et retirant des sommes importantes. Il roulait en Porsche Cayenne, BMW ou Mercedes haut de gamme, mais assure ne pas avoir eu un train de vie excessif.

En 2020, il a signé un pacte civil de solidarité (Pacs) avec elle, sur les conseils d'un notaire bayonnais. Ce notaire a donné une procuration générale à Matthieu Tabaud, qui a vidé les comptes d'assurance-vie de la victime (près de 600 000 euros). Mis en examen, le notaire a finalement bénéficié d'un non-lieu, mais a concédé s'être fait « floué » par l'accusé.

Un déménagement au Maroc et une fin de vie isolée

En 2022, Matthieu Tabaud a mis en place des virements permanents de 1 300 euros par mois du compte de l'octogénaire vers le sien, correspondant à sa pension de retraite. Il a ensuite organisé son déménagement à Casablanca, au Maroc, où résidait sa compagne, qui s'occupait d'elle en tant que jeune fille au pair. Interrogée par les gendarmes, Jeanne Narbout a confié : « On m'a demandé de venir habiter ici. J'aimerais bien retourner en France. » Elle y est restée jusqu'à son décès en 2025, à 94 ans.

L'accusé a justifié ce déménagement par des raisons professionnelles, affirmant que c'était Jeannette qui avait voulu venir avec lui. Il a été arrêté à son retour en France en juin 2023, en possession de la carte bancaire de la victime et au volant d'une Mercedes. Il a réfuté toute séquestration, enlèvement et abus de faiblesse, ne reconnaissant que l'abus de confiance pour avoir détourné de l'argent de la SCI créée avec elle. Il encourt vingt ans de réclusion. Le verdict est attendu ce mardi.

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