Jeu violent à Cenon : un ado rendu aveugle, quatre accusés jugés
Jeu violent à Cenon : un ado rendu aveugle jugé

Le 1er juin s'ouvre devant la cour d'assises des mineurs de la Gironde un procès sur un « jeu » d'une extrême violence, pratiqué entre jeunes hommes dans le quartier Palmer, à Cenon, et qui a très mal tourné le 17 octobre 2020. Les uns l'appelaient « la chasse à l'homme », les autres « la police et les voleurs ». Cette activité se pratiquait une ou deux fois par an, entre copains, dans le quartier Palmer à Cenon, commune de l'agglomération bordelaise. D'un côté, « les grands », des garçons de 16 à 19 ans pour la plupart ; d'un autre côté, « les petits », des ados de 14-15 ans en majorité. Les premiers devaient attraper les seconds, mais la ressemblance avec tout jeu enfantin s'arrête là.

Un adolescent rendu aveugle

En 2020, un adolescent de 15 ans est devenu aveugle après l'une de ces « parties ». Quatre de ses connaissances, des hommes âgés aujourd'hui de 22 à 25 ans, et dont un seul était majeur à l'époque des faits, sont accusés de « violences volontaires ayant entraîné une mutilation ou infirmité permanente, en l'espèce une cécité bilatérale totale et définitive, en portant des coups de pieds et de poings au visage, avec cette circonstance que les faits ont été commis par plusieurs personnes ». Un cinquième est poursuivi pour complicité, pour avoir filmé la scène avec son téléphone. La peine encourue est de quinze ans de réclusion criminelle pour un majeur, moitié moins en tenant compte de l'excuse de minorité.

La loi du silence

Dans ce dossier, où tout le monde se fréquentait et vivait dans la même cité, les langues ont tardé à se délier, dévoile l'ordonnance de mise en accusation consultée par « Sud Ouest ». Les faits se déroulent le 17 octobre 2020, mais ne sont portés à la connaissance de la police et de la justice que dix jours plus tard. La mère du jeune rendu infirme dépose plainte, alors que son fils est toujours à l'hôpital où il a été conduit le 19 octobre. À son admission aux urgences, il avait encore le visage tuméfié et le crâne constellé de bosses. À sa mère, il avait juste dit avoir été « tabassé » par des inconnus, en rentrant chez lui. Malgré les efforts des médecins, sa vue n'a pu être sauvée.

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La loi du silence vole en éclats en mars 2021, quand l'adolescent finit par se confier à l'un de ses proches qui alerte les enquêteurs. Les policiers apprennent l'existence du « jeu de la chasse à l'homme », « consistant pour un groupe de « grands », à « chasser » un groupe de « petits » et à frapper ceux se faisant attraper », résume la juge d'instruction dans son ordonnance. Selon les investigations, ce « jeu » se pratiquait depuis plusieurs années.

Des ados caïds imposaient une emprise

« Des ados caïds imposaient une emprise sur les plus jeunes, exerçaient une domination sur eux, via cette sorte de bizutage extrême, cette forme de baptême donné par la violence. Le gamin attrapé était chosifié », développe Me Alexandre Novion, l'avocat des parties civiles.

Frappé dans une cave

Le 17 octobre 2020 est un samedi et pour tuer le temps, une « partie » est organisée via les réseaux sociaux. Les deux équipes se forment ; l'ado de 15 ans est dans celle des « petits ». Très vite fait prisonnier, il est conduit dans une cave d'immeuble où tout bascule. Selon son récit devant la juge d'instruction, la scène de violences dure une dizaine de minutes. Il est giflé, s'énerve, repousse des « grands » mais reçoit en réponse des coups de poing « très forts » à la tête et sur le corps. Il pleure, est filmé, jeté contre un mur, hurle et est finalement libéré par un ami de l'un de ses frères.

« Je ressens de la colère, de la tristesse, de la haine. Ils m'ont mis dans un monde dans lequel je ne voulais pas entrer », déclare-t-il face à la magistrate. « Il reste traumatisé et très fragile », témoigne aujourd'hui son avocat.

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Des accusés qui minimisent

Parmi les accusés, qui avaient 16, 17 et 19 ans à l'époque des faits et ont été placés sous contrôle judiciaire après leur mise en examen, plusieurs étaient des copains de son frère, ce qui explique peut-être le mutisme initial sur cette affaire. Au cours de l'information judiciaire, trois des quatre suspects d'avoir commis les violences ont reconnu avoir « joué à la chasse à l'homme » et donné des coups, tout en minimisant leurs gestes. Aucun n'a admis avoir frappé à la tête. Le cinquième a assuré n'avoir assisté qu'au début et n'avoir filmé que pour prévenir un proche de la victime. Restent-ils sur ces positions ? Sollicités, leurs avocats n'ont pas donné suite ou pas souhaité s'exprimer. La vidéo aurait un temps circulé dans le quartier, par Snapchat, avant d'être effacée. L'enquête n'a pas permis de la retrouver mais a conduit à la découverte d'une autre, datée du 5 avril 2021, six mois après le drame. Elle montre des violences sur un jeune garçon. Un protagoniste lance « Je me suis fait attraper » et le vidéaste crie « Achève le ! Le coup de coude, dans le dos. Voilà ! Voilà ! »