Depuis plusieurs mois, les conditions de détention des opposants politiques en Azerbaïdjan se sont considérablement dégradées, alertent des organisations de défense des droits humains et des proches de prisonniers. Les témoignages font état de privations de soins médicaux, de nourriture insuffisante et de mauvais traitements systématiques.
Une répression accrue après les élections
La situation s'est particulièrement aggravée après les élections présidentielles anticipées de février 2024, qui ont vu la réélection d'Ilham Aliev. Selon Human Rights Watch, au moins 120 personnes sont actuellement détenues pour des motifs politiques, dont des journalistes, des avocats et des militants. Les conditions de détention dans les prisons de Bakou et de la région se sont durcies, avec des restrictions accrues sur les visites familiales et l'accès aux avocats.
Un rapport publié en mai 2026 par l'ONG azerbaïdjanaise Institute for Peace and Democracy indique que le nombre de décès en détention a augmenté de 40 % par rapport à l'année précédente, passant de 15 à 21 cas. Selon l'organisation, ces décès sont souvent liés à un manque de soins médicaux appropriés.
Témoignages de familles
Les familles des détenus dénoncent un traitement inhumain. « Mon fils a perdu 15 kilos en trois mois. Il n'a pas accès à un médecin malgré des problèmes cardiaques », a déclaré à l'AFP Gulnara Mammadova, mère d'un opposant emprisonné. Elle affirme que les autorités refusent de transmettre les médicaments envoyés par la famille.
Un autre proche, dont le nom est tu par crainte de représailles, raconte que les prisonniers sont régulièrement privés de sommeil et soumis à des interrogatoires nocturnes. « Les gardiens les réveillent toutes les heures. Certains ont été battus », témoigne-t-il.
Réactions internationales
La dégradation des conditions carcérales a suscité des réactions de la part de l'Union européenne et des États-Unis. Le 20 juin 2026, le Parlement européen a adopté une résolution condamnant « la répression systématique de l'opposition en Azerbaïdjan » et appelant à la libération immédiate de tous les prisonniers politiques. De son côté, le département d'État américain a exprimé sa « profonde préoccupation » et a exhorté Bakou à respecter ses engagements internationaux.
Le gouvernement azerbaïdjanais rejette ces accusations. Dans un communiqué, le ministère des Affaires étrangères a qualifié les rapports d'« ingérence dans les affaires intérieures » et a assuré que tous les détenus bénéficient de soins conformes à la loi.
Un contexte de répression plus large
Cette détérioration des conditions carcérales s'inscrit dans un contexte de répression accrue de la société civile en Azerbaïdjan. Depuis 2023, plusieurs ONG ont été fermées et des médias indépendants contraints de cesser leurs activités. En mars 2026, le journaliste Aziz Orujov a été condamné à 8 ans de prison pour « diffamation » après avoir critiqué le gouvernement.
Selon Reporters sans frontières, l'Azerbaïdjan est classé 154e sur 180 pays en matière de liberté de la presse. Les observateurs estiment que la situation ne fera qu'empirer à l'approche de la COP29, que le pays doit accueillir en novembre 2026, le gouvernement cherchant à réduire les voix dissidentes.



