Incendies : éleveurs et animaux en première ligne, des pertes lourdes
Incendies : éleveurs et animaux en première ligne

Les incendies qui ravagent la France depuis le début de l'été 2026 ont des conséquences dévastatrices sur les exploitations agricoles, touchant à la fois les animaux et la santé économique des éleveurs. Des Landes au Var, les témoignages affluent sur des chevaux évacués en urgence, des vaches qui ne produisent plus de lait à cause du stress, et des infrastructures réduites en cendres.

Dans les Landes, une course contre les flammes pour sauver les chevaux

Le 23 juillet, Marine Champeval, gérante des Écuries d'En Hill à Biscarrosse, a vécu une journée cauchemardesque. Alors que l'incendie qui allait devenir un mégafeu approchait de sa ville, elle a dû improviser l'évacuation de sa centaine de chevaux. Les 25 premiers équidés ont été mis à l'abri dans les bâtiments, mais en seulement deux heures, les flammes étaient déjà là. « Les dix derniers chevaux ont été libérés pour que l'on puisse fuir », raconte-t-elle au Nouvel Obs. Une décision prise sur le tas, mais nécessaire : « Si les chevaux restaient dans les paddocks, ils auraient été brûlés. »

Les axes routiers étant rapidement bloqués, les chevaux libérés ont été retrouvés quelques jours plus tard grâce à une chaîne de solidarité sur les réseaux sociaux. Des internautes, du Gers à Saint-Jean-de-Luz, ont reconnu les animaux et contacté leur propriétaire, comme l'a rapporté France 3 Nouvelle-Aquitaine. Sur le plan de la santé, un cheval a été blessé à la cuisse, deux ont eu des « coups de sang » (l'équivalent des coups de chaud chez les humains), et une dizaine ont été « déboussolés ». Cependant, Marine Champeval rassure : leur état est rapidement revenu à la normale, grâce à leur habitude des compétitions et des déplacements.

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Dans le Var, le stress des vaches entraîne une baisse de production laitière

À plusieurs centaines de kilomètres de là, à Cotignac dans le Var, La Ferme du Bessillon a également été touchée. Les copropriétaires Stéphanie et Julien Bernardi ont dû évacuer en urgence leurs vaches, chèvres et porcs le 21 juillet, alors que les flammes du massif du Gros Bessillon ravageaient plusieurs milliers d'hectares. Si les bâtiments ont été sauvés grâce au travail remarquable des pompiers, les conséquences sur les animaux persistent : « Depuis que tous les animaux sont revenus, la moitié du troupeau de vaches ne produit plus de lait à cause du stress engendré par le feu et l'évacuation », peut-on lire sur la cagnotte lancée pour soutenir l'exploitation. Sur neuf vaches laitières, quatre ne devraient retrouver une production normale qu'à partir de mars prochain, a précisé Stéphanie Bernardi au micro d'ICI Provence.

Des pertes économiques considérables pour les exploitations

Cette baisse de production a un impact direct sur les revenus de la ferme, qui s'est spécialisée dans le polyélevage extensif depuis quatre ans. Fromage, yaourt, faisselle, lait cru, crème fraîche et beurre constituent l'essentiel de ses revenus. Pour limiter les pertes, le couple envisage d'acheter de nouvelles vaches laitières, mais une génisse coûte entre 2 000 et 2 500 euros. Dans les Landes, la saison estivale 2026 est perdue pour les Écuries d'En Hill : « C'est une période dans l'année où on triple notre chiffre d'affaires, autant dans l'accueil de colonies de vacances que dans les balades », explique Marine Champeval. Les dégâts sont considérables : « On a encore la maison et les écuries, mais tout le reste a brûlé : les paddocks, les hangars de stockage, les abris, le foin, les graines et le matériel. » Le coût des réparations est estimé entre 50 000 et 100 000 euros.

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Des cagnottes pour soutenir les éleveurs, face au refus des assurances

Face à ces pertes, des cagnottes en ligne ont été lancées. Celle des Écuries d'En Hill, ouverte le 25 juillet, vise à « continuer à nourrir tous les chevaux, financer leur prise en charge et reconstruire les installations ». Dans le Var, la cagnotte lancée par l'amie du couple Bernardi, Élodie Huet, a permis de récolter des dons, car l'assurance a refusé d'indemniser les pertes de production, estimant que « le feu n'a rien abîmé ». Selon France 3 Provence-Alpes-Côte-d'Azur, les dons ont permis au couple de se rendre dans la Drôme pour acheter deux nouvelles vaches, un premier pas pour maintenir l'exploitation avant la saison hivernale.

Ces témoignages illustrent l'ampleur des dégâts causés par les incendies sur le monde agricole, au-delà des terres brûlées. Les éleveurs doivent faire face à des animaux stressés, des pertes de production et des coûts de reconstruction élevés, souvent sans soutien assurantiel adéquat. Une situation qui met en péril la pérennité de nombreuses exploitations, déjà fragilisées par les conditions climatiques extrêmes de cet été.