Logement des immigrés : une étude de l'Ined met en lumière des parcours chaotiques
Une vaste enquête de l’Institut national d’études démographiques (Ined) publiée mercredi révèle que les parcours administratifs chaotiques des immigrés en France aggravent les inégalités d’accès au logement. L’étude, intitulée « Trajectoires et origines 2 » (TeO2), a été menée auprès de plus de 27 000 personnes en 2019-2020.
Un immigré sur cinq a été sans-papiers
Selon l’étude, un immigré sur cinq a été sans-papiers à un moment de son parcours, et presque autant ont vécu sans domicile. La proportion d’étrangers en situation irrégulière en France ne semble pas avoir progressé au fil du temps, contrairement aux discours publics, mais les conditions de logement se sont nettement détériorées depuis le début des années 2000.
Des trajectoires complexes
Le passage en situation irrégulière survient souvent après six mois en France, alors que les immigrés avaient déjà entamé leur installation avec des papiers et un logement. Seulement 9 % des sans-papiers sont entrés sans visa. L’étude montre que l’administration évalue différemment la légitimité de la présence d’un immigré au fil du temps.
Près d’un quart des sans-papiers ont obtenu une carte de résident et autant ont été naturalisés français, selon Cris Beauchemin, chercheur à l’Ined. « Ces chiffres témoignent de l’extraordinaire complexité des trajectoires et montrent que ne pas avoir de papiers n’empêche pas de s’intégrer », analyse-t-il.
Conséquences sur le logement
Le risque d’interruption du droit au séjour a des conséquences sur la capacité à se loger. Environ 5 % des personnes arrivées après 2010 ont été sans abri, contre 2 % pour celles arrivées avant 2000. Les conditions de logement à l’arrivée sont déterminantes pour la suite des trajectoires.
Si le parc social permet aux immigrés les plus défavorisés de s’installer durablement, ils accèdent aux segments les plus disqualifiés : 40 % de ceux qui ont vécu dans la rue ou dans des squats résident aujourd’hui dans une HLM située dans un quartier prioritaire. « La crise du logement et l’augmentation des prix de l’immobilier ces dernières décennies diminuent encore plus leur marge de manœuvre », note l’étude.
Appel à des mesures ciblées
L’Ined insiste sur la nécessité d’un « effort particulier » pour améliorer les conditions d’habitat des plus fragiles, afin de lutter contre les inégalités sociales liées à l’origine. Les inégalités de logement demeurent « elles-mêmes productrices d’autres inégalités notamment économiques et scolaires », rappelle l’institut.



