Ce mardi 28 juillet 2026, Yaël, 27 ans, était présenté devant la cour d’appel de Montpellier pour demander sa remise en liberté. Arrêté début juillet par les gendarmes à proximité d’un feu qui a ravagé la forêt dans les hauts cantons de l’Hérault, il est soupçonné d’avoir allumé plusieurs incendies le 5 juillet. Souffrant de troubles psychiatriques et placé sous curatelle, il a reconnu à demi-mot avoir provoqué un départ de feu à Dio-et-Valquières, tandis qu’un autre incendie dévastateur éclatait à Carlencas-et-Levas. Récidiviste, il encourt vingt ans de prison. Son procès est prévu le 27 août 2026 devant le tribunal correctionnel de Béziers.
Un comportement suspect le jour des incendies
Le 5 juillet, vers 19h45, alors que les massifs boisés s’embrasent à Dio-et-Valquières et Carlencas-Levas sous un mistral soutenu, l’attitude de Yaël intrigue un témoin. Ce dernier raconte aux gendarmes de Clermont-l’Hérault : « Il nous parle des deux départs de feu qu’il a vus, dit que son oncle admire les flammes depuis sa fenêtre, et évoque le fait d’avoir été pompier volontaire dans le passé. » Le suspect circule en VTT à 300 mètres des sinistres, alors qu’il habite à plusieurs kilomètres de là. Sa compagne photographie un briquet blanc qu’il tient en main.
Les gendarmes le contrôlent et le placent en garde à vue. Ils découvrent qu’il a déjà été condamné en 2020 à trois ans de prison avec sursis pour des incendies volontaires, dans l’Hérault, l’année précédente. Pendant ce temps, les flammes, attisées par le mistral, ravagent une quarantaine d’hectares à Dio-et-Valquières et dix fois plus à Carlencas. Dans les Pyrénées-Orientales, le méga-feu de Trévillach échappe aux pompiers, plusieurs villages sont évacués. Pendant trois jours, des centaines de pompiers sont mobilisées jour et nuit.
Des aveux à demi-mot et des explications fragiles
Face aux enquêteurs, Yaël nie d’abord toute responsabilité, puis infléchit son discours : « Ce n’était pas volontaire », finit-il par expliquer. Il raconte avoir eu besoin d’écrire une lettre sur des événements personnels et avoir voulu la brûler dans la nature. « J’ai tenté d’éteindre les premiers brûlots, je ne pensais pas que ça allait s’enflammer comme ça ! Le sol s’est mis à brûler ! » affirme-t-il.
Sa compagne confirme les soupçons. Selon la magistrate chargée de l’audience, « elle dit avoir constaté qu’après ses départs à vélo il y avait des départs de feu. Elle voyait aussi qu’elle mettait son briquet tempête dans un endroit et qu’après ses sorties en VTT il avait changé de place. » Le procureur de Béziers, Arnaud Faugère, avait déjà précisé dans un communiqué : « L’intéressé lui avait dit “qu’il allait faire une connerie” et, au moment de quitter le domicile, qu’il ne fallait pas qu’elle s’étonne s’il ne rentrait pas. »
Yaël conteste ces accusations : « Le vélo, je l’ai pris que deux fois ! Le briquet, je ne l’ai pas touché. » Il met en doute la parole de sa compagne : « Elle a aussi des troubles psy, parfois elle peut déformer les choses quand elle se sent acculée. Je la connais par cœur ! » La juge lui rétorque : « Tout cela fait partie des éléments d’inquiétude. » Yaël répond : « Je ne me serais pas permis une telle chose en sachant que j’ai un enfant qui arrive ! »
Un lourd passé et des risques élevés
Yaël a passé deux ans en hôpital psychiatrique et avait cessé ses traitements avant l’été. Il est déjà père de deux enfants confiés à l’Aide sociale à l’enfance. Sa compagne attendait un troisième enfant, une petite fille née le 20 juillet, mais leur premier enfant était décédé onze jours après l’accouchement. L’avocate générale Florence Galtier estime : « Des comportements tels que celui de ce monsieur ont des conséquences particulièrement désastreuses. Le faire sortir dans le contexte actuel, c’est prendre un risque considérable qu’il mette à nouveau le feu. »
Incarcéré le 7 juillet par le tribunal de Béziers, Yaël a demandé un délai pour sa défense. Une expertise psychiatrique doit être réalisée avant l’audience du 27 août 2026. Jugé en état de récidive, il encourt une peine de vingt ans de prison si les psychiatres estiment qu’il est apte à comparaître. « Je voudrais sortir pour aider ma femme, actuellement je sais qu’elle n’est pas bien, notre fille a été placée. Si je sors, je ne serai pas un danger », assure-t-il. La cour d’appel rendra sa décision ce jeudi 30 juillet.



