Robert Guédiguian défend sa légitimité à aborder les violences faites aux femmes. Présent au Festival Cinémondes à Abbeville, le cinéaste marseillais a présenté son nouveau film, « Une femme aujourd’hui », qui suit la reconstruction d’une trentenaire après un viol. « Les agressions concernent tout le monde ! Je ne vois pas pourquoi je n’aborderais pas ce sujet », tonne-t-il.
Un parcours brisé par une agression
L’héroïne du film semble avoir tout pour elle. À trente ans, elle a réussi à s’élever loin de son milieu modeste, gagne très bien sa vie dans la finance, voyage beaucoup et s’est offert une maison sublime. Mais ses relations humaines ne tournent pas rond. Des liaisons éphémères dissimulent une solitude apparemment choisie, jusqu’au jour où son chef la viole après une soirée. Son équilibre vole alors en éclats.
« Se mettre à la place de quelqu’un que l’on n’est pas, c’est la force de l’art, insiste Robert Guédiguian. Si on ne faisait pas cela, il n’existerait que des autofictions. Je suis cette femme comme j’ai été le jeune Africain de Twist à Bamako. » Marilou Aussilloux, déjà dirigée par le cinéaste dans « La Pie voleuse », incarne le rôle-titre.
Une reconstruction par la solidarité
Le réalisateur, âgé de plus de soixante-dix ans, s’entoure de ses fidèles : Ariane Ascaride, Lola Naymark, Jean-Pierre Darroussin, Gérard Meylan, Grégoire Leprince-Ringuet, Robinson Stévenin et même le regretté Jacques Boudet, visible sur une photo. Marseille est, une fois de plus, représentée dans sa beauté comme dans ses contrastes par un réalisateur qui filme sa ville avec une passion intacte.
« L’agression et ce qu’elle va apprendre sur son passé familial changent son point de vue sur le monde et sur la place qu’elle souhaite y occuper », explique Robert Guédiguian. Son implication dans une association de bénévoles aidant de jeunes mères célibataires lui ouvre des horizons en lui faisant découvrir le bonheur de la solidarité. « Je voulais brosser le portrait d’une jeune femme qui n’a pas connu nos luttes d’autrefois. C’était indispensable pour évoquer son émancipation », déclare le cinéaste.
Une lueur d’espoir dans un monde cruel
« Tout n’est pas angélique dans le milieu associatif », précise Robert Guédiguian, qui pointe du doigt le manque d’empathie et même le racisme qui peut diviser les victimes. Dans un monde cruel et individualiste, le réalisateur laisse pourtant passer une lueur d’espoir qui fait d’« Une femme aujourd’hui » un film débordant d’humanité. Il flirte doucement avec le fantastique, qu’il surnomme « les forces de l’esprit », pour faire vibrer ce qu’il existe de meilleur en chaque spectatrice et spectateur.