Thierry Lacoste, ancien ami d'enfance et avocat personnel du prince Albert II de Monaco, a vu sa garde à vue prolongée ce vendredi 4 septembre en début d'après-midi dans les locaux de la Sûreté publique monégasque. Selon nos informations, un potentiel déferrement est envisagé ce samedi 5 septembre. Cette mesure intervient dans le cadre d'une instruction pour « trafic d'influence », « prise illégale d'intérêt », « corruption » et « blanchiment », dans laquelle l'ancien président du Tribunal Suprême de Monaco, Didier Linotte, a déjà été inculpé en juin 2025.
Une instruction judiciaire commune avec Didier Linotte
Thierry Lacoste a passé près de deux jours en garde à vue. C'est la même instruction judiciaire qui a conduit, ce mercredi, Me Lacoste en garde à vue, après l'inculpation de Didier Linotte en juin 2025 pour les mêmes chefs. Selon le cabinet de l'avocat parisien, cette procédure fait suite à « une plainte du magnat de l'immobilier Patrice Pastor » dont il dénonce « l'appétit insatiable et la volonté hégémonique ».
« Mécontent de ne pas s'être vu octroyer certains projets immobiliers en Principauté de Monaco », le promoteur, roi du BTP sur le Rocher, chercherait ainsi « à instrumentaliser la justice monégasque à son profit », affirme par voie de communiqué la garde rapprochée de l'ancien ami d'enfance du prince Albert II. La famille princière s'est d'ailleurs associée à la plainte déposée par Patrice Pastor, tout comme le gouvernement monégasque.
L'Esplanade des Pêcheurs au cœur des investigations
Le dossier de l'Esplanade des Pêcheurs figure au cœur des investigations. L'aménagement de cette partie du port Hercule avait initialement été confié au groupe Caroli avant que la Principauté ne rompe le contrat au prétexte que la future construction risquait d'empiéter sur l'emprise du Grand Prix de F1. Ce « retrait de signature » avait conduit le Tribunal Suprême, présidé à l'époque par Didier Linotte, à condamner l'État princier à verser une indemnité record de 136 millions d'euros au promoteur.
Antonio Caroli est décédé en octobre dernier avant de percevoir le fruit de cette coquette réparation financière. Pour tenter de ne pas avoir à la payer, le gouvernement avait introduit quelques mois plus tôt une requête en rétractation auprès de la plus haute juridiction monégasque, un recours inédit justifié à l'époque par la découverte de nouveaux éléments… Notamment le fait que Thierry Lacoste avait prodigué et facturé ses conseils juridiques au promoteur. De quoi alimenter les soupçons de trafic d'influence auxquels doit répondre depuis deux jours l'ancien ami et avocat du Prince.
Une défense offensive dénonçant une « justice bananière »
Pour son cabinet, « l'objectif non avoué de toutes ces manœuvres vise à alimenter le recours de l'État monégasque pour l'exonérer d'avoir, malgré une jurisprudence européenne solidement établie, à indemniser la société Caroli dans le cadre du dossier dit de “l'Esplanade des Pêcheurs” et, possiblement, à attribuer ensuite une version révisée du projet à une entreprise concurrente qui veut la “récupérer”. » Le communiqué n'hésite pas à dénoncer une « justice bananière », basée sur un « narratif mensonger » et faisant « l'objet de pressions et de sollicitations de la part du Palais princier ».
Telle est la ligne de défense - très offensive - de Thierry Lacoste qui dénonce un « incroyable renversement des rôles » où « ceux qui ont lutté contre la corruption pendant des années, et qu'on n'a pas pu faire taire, sont désormais accusés de “corruption ou de trafic d'influence” dans le seul but de tenter de les bâillonner ». « Cela ne l'empêchera pas, bien au contraire, de poursuivre son combat pour la vérité », promet le communiqué diffusé par son cabinet. Reste à savoir si Thierry Lacoste subira le même sort que Didier Linotte, qui a déjà été inculpé dans cette affaire.



