Dix ans après le drame, les trois pompiers survivants de l'incendie de Gabian (Hérault) brisent le silence. Le 10 août 2016, quatre soldats du feu du Sdis 34 étaient piégés par les flammes dans leur camion, dont le système d'autoprotection a failli. Jérémy Beier, 24 ans, est mort ; ses trois collègues, Lucas Canuel, David Fontaine et Didier Bourdelier, ont été grièvement blessés. Aujourd'hui, ils témoignent de leur calvaire, de leurs séquelles physiques et psychologiques, et de leur colère face à un procès en appel qui n'en finit pas.
Des séquelles à vie et un traumatisme toujours vif
Lucas Canuel, amputé des deux mains et brûlé sur 40 % du corps, vit avec des douleurs constantes. « Je ne récupère pas de mes lourdes opérations, le visage, l'abdomen… Mon corps est fatigué, j'ai eu 27 heures d'anesthésie générale en 2025 et 2026 », confie-t-il. Le traumatisme psychologique est tout aussi présent : « Presque tous les jours j'y pense… Jérémy en train de brûler devant moi, j'ai tous les jours cette putain d'image… » Il a développé une addiction aux produits d'anesthésie, dont il tente de se sevrer.
David Fontaine, 51 ans, a été touché aux jambes. Il souffre de syndrome post-traumatique, de bruxisme, d'acouphènes et de cauchemars. « Avec tous les feux de cet été, je pense aux collègues qui vont subir… Moi, ça me mine, et je pense beaucoup à Jérémy », soupire-t-il. Didier Bourdelier, brûlé sur 38 % du corps, a pu reprendre son travail de pompier, mais il évite les feux de forêt. « L'image qu'il me reste, c'est quand on n'avait pas le choix, on s'est regardé, on était en train de cramer, seuls, abandonnés dans le camion… »
Un procès en appel qui ravive la douleur
L'ancien directeur du Sdis 34, le colonel Risdorfer, condamné en première instance à un an de prison pour homicide involontaire, a fait appel. Cette décision est vécue comme une épreuve supplémentaire par les victimes et les familles. Brigitte Beier, mère de Jérémy, exprime sa colère : « Au lieu de tourner la page, on va avoir droit à un nouveau procès, je suis en colère. » Les parties civiles, représentées par Mes Luc Abratkiewicz et Catherine Szwarc, attendent toujours la tenue de ce procès.
Lucas Canuel, qui a témoigné auprès de la police en Gironde après la mort de deux pompiers cet été, est persuadé que des dysfonctionnements persistent. « Je ne veux surtout pas que cela se reproduise », dit-il. David Fontaine, lui, dénonce le refus de la protection fonctionnelle et l'absence de perspective de carrière : « L'appel c'est le plus décevant, je ne peux pas tourner la page. »
Un hommage vibrant à Jérémy Beier
Ce lundi 10 août, une cérémonie d'hommage est organisée à Gabian, sur les lieux du drame. La famille de Jérémy déposera une gerbe de fleurs pastel en forme de cœur. « Ce choix traduit l'attachement que nous souhaitons lui témoigner dix ans après », explique Brigitte Beier. Les trois survivants seront présents, pour « un devoir de mémoire ». Didier Bourdelier conclut : « Jérémy nous a quittés à cause d'erreurs humaines… Il est resté là-haut, on pense à lui. »



