Fugue à Toulon : une mère témoigne un an après les viols de sa fille
Fugue à Toulon : une mère témoigne un an après les viols

Un an après la fugue de sa fille Elsa, 15 ans, à Toulon, sa mère brise le silence et témoigne des viols subis, de l'inaction des institutions et de sa reconstruction. « Depuis un an j'ai arrêté de travailler pour sauver ma fille de cet enfer. Elle a subi des viols à moins de 15 ans. Il faut lutter chaque jour pour la protéger », témoigne cette mère de famille.

Un an et demi de cauchemar

En août 2025, Elsa fugue de la région parisienne pour rejoindre Toulon, où elle tombe entre les mains d'un garçon de 21 ans, incarcéré et mis en examen pour viol aggravé. Deux mois plus tard, une seconde fugue suit à Lyon. Hospitalisation en psychiatrie, plainte pour viol en réunion, reconstruction, combat judiciaire : depuis un an, sa mère raconte l'intégralité de son parcours traumatisant.

« Quand votre enfant disparaît et que vous vous doutez qu'elle est tombée dans un réseau de prostitution, vous êtes désespérément seule. J'ai multiplié les appels à la police, en vain. Ce que l'on m'a bien dit est que si elle avait fugué une fois, elle fuguerait plusieurs fois », déplore la mère, qui a dû faire face à l'impuissance des institutions.

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Une intervention policière après des jours d'insistance

C'est à force d'insister qu'une équipe de policiers toulonnais a fini par localiser sa fille et intervenir. Sur place, un homme de 21 ans, le soi-disant petit ami (« le lover boy » de l'ado), jouait les gros bras, couteau en main, réfugié dans la salle de bain de l'appartement loué sur une plateforme de réservations. Une autre jeune fille, majeure, était exploitée elle aussi, sous la coupe de son propre « gardien ». Deux clients, présents sur place, n'ont jamais été inquiétés.

Mis en examen pour viol aggravé et détention d'une arme notamment, l'individu sera jugé devant le tribunal correctionnel de Toulon.

Une reconstruction fragile

Grâce à la solidarité familiale, mère et fille ont pu s'offrir une parenthèse rare : partir loin de la France durant près d'un mois en Asie. « J'ai retrouvé ma fille. Nous avons beaucoup parlé de tout et de rien, retrouvé une complicité. Elle sait qu'elle peut compter sur moi », confie Elsa. Mais le retour a été brutal.

À la rentrée, l'adolescente entamera un CAP orienté vers l'esthétique, après un an et demi de déscolarisation. Elle continue par ailleurs de fréquenter la Maison des ados et une psychologue. Un cap a été franchi en juin dernier : « Ma fille est restée à la maison et elle n'a pas découché un seul soir. C'est un pas vers la reconstruction », résume Elsa.

Des manquements et des menaces persistantes

Elsa dénonce le regard porté sur son enfant : des fonctionnaires lui auraient affirmé que Clara était « consentante », qu'elle « avait choisi » de se prostituer et qu'elle « recommencerait », qu'elle était arrogante. « Ma fille a été laissée à des dizaines d'hommes qui ont abusé d'elle et elle a 15 ans. La prostitution n'est pas légale ! », s'indigne-t-elle.

Aucun examen médico-légal n'a été effectué à Toulon ou à Lyon. À Paris, les résultats sont tombés : « Il y avait des maladies sexuellement transmissibles et elle a pu être prise en charge médicalement ». Quatre mois après ses fugues, Elsa a été hospitalisée sans sortie dans un service psychiatrique parisien, sédatée et entravée dans les premiers temps.

La mère a découvert que sa fille avait été violée, avant ces fugues, par cinq garçons, au domicile familial. Une plainte pour viol en réunion a été déposée en région parisienne, mais depuis, rien. « La policière qui s'occupe du dossier croule sous des dizaines et des dizaines d'affaires similaires. Pourtant, c'est maintenant que ma fille a besoin d'une réponse judiciaire ! », s'indigne-t-elle.

Elsa s'est transformée, malgré elle, en enquêtrice de l'ombre, épluchant messages et comptes sur les réseaux sociaux. Elle a découvert un message glaçant : « Je vais venir te violer chez toi. » « Que fait-on à ce moment-là ? La police ne va pas aller chercher le pseudo Incognito95 ! Faut-il se faire justice soi-même en le retrouvant et en lui donnant rendez-vous ? », interroge-t-elle.

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Depuis les fugues, Elsa a mis sa propre existence entre parenthèses. « Je vis au RSA, je pioche dans les économies que j'avais et je suis aidée par mes proches. Je m'occupe de ma fille 24 heures sur 24. » Elle a trouvé un soutien précieux du côté des bénévoles associatifs : « Heureusement que j'ai pu compter sur l'association de recherche des personnes disparues. Roger, un des bénévoles, a été d'un grand soutien. » Interrogée sur les politiques, elle répond : « C'est plein de bla-bla et peu d'actions. Ils parlent, mais ils ne savent pas de quoi. »

« Il faut agir. Vite. Maintenant. Ce sont nos enfants qui sont en danger, et je peux vous dire que même en étant vigilante, c'est un combat ! », conclut Elsa, déterminée à porter ce témoignage jusqu'au bout.