François Besse, le roi de l'évasion : six évasions et une vie de braquages
François Besse, le roi de l'évasion : six évasions

François Besse, le roi de l'évasion

Le 9 mai 1971, le truand bordelais condamné à sept ans d'emprisonnement s'évade pour la première fois de la prison de Gradignan. Le 21 janvier 1982, il est arrêté en Espagne. Voici l'étrange parcours de ce braqueur, surnommé « le roi de l'évasion » ou encore « l'Anguille », qui fut le lieutenant de Jacques Mesrine et s'est évadé en tout six fois de prison. Cet article, paru en février 2021, retrace son histoire.

Jeunesse et premiers délits

On l'a surnommé « l'Anguille ». Du haut de son mètre soixante, mince, très souple, François Besse est un truand à part. Un de ceux qui marquent l'histoire du grand banditisme. Un détenu qui ne pense qu'à se faire la belle. Ce spécialiste du vol à main armée et de l'évasion, à la gueule d'ange, est pourtant loin d'être un saint. Né en 1944 à Cognac, « la Puce » comme l'appellent ses copains d'enfance, ne tarde pas à commettre des petits larcins. Il a tout juste 14 ans quand, alors qu'il joue avec sa sœur, le ballon passe chez un voisin. Il franchit le mur et se retrouve chez un marchand de charbon. Il récupère le ballon mais vole la caisse du commerçant. Au fil du temps, il récidive et se remplit les poches. Mais son père découvre les faits. Le ton monte. Et l'adolescent, admonesté, décide de quitter la maison familiale. Il n'y reviendra jamais. En fugue, il prend la direction de l'Alsace où il commet ses premiers méfaits pour survivre. Interpellé à Strasbourg après le vol d'une voiture, il connaît sa première mesure de garde à vue. La sanction tombe : il est condamné.

En pyjama au guidon d'un Solex

Le service militaire effectué, François Besse s'installe à Bordeaux, trouve du travail, livre des fruits et légumes sur les marchés. Son patron ne le garde pas et le voilà reparti sur la route de la délinquance. Il enchaîne les vols et les cambriolages. « Il a basculé dans la délinquance parce que la société le rejetait », raconte une de ses connaissances de l'époque. À la tête d'une bande de petits malfrats, il est soupçonné d'avoir manigancé une série de vols et il est condamné, en mars 1971, à sept ans de prison par la cour d'assises de la Gironde. Il vit cette décision comme une injustice. Incarcéré, il ne cesse, dès lors, de chercher à fuir. « Il n'a jamais admis ni compris la dureté de cette condamnation. En prison, il cherche les failles et il les trouve », glisse l'un de ses avocats, Me Philippe de Caunes. « Il considérait que l'évasion était un devoir. Il avait une volonté de faire sauter les murs de l'enfermement qu'on lui imposait ». Écroué à la prison de Gradignan, décrite comme un « modèle », il s'en échappe le 9 mai 1971, à l'aide d'un briquet, avec lequel il chauffe les carreaux de sa cellule, avant de leur jeter de l'eau froide. Le choc thermique fait exploser la vitre. François Besse descend du premier étage en s'accrochant à une corde de draps tressés et prend la poudre d'escampette.

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À peine sorti, il file vers Angoulême, braque le Drugstore et rafle 80 000 francs. Il a 27 ans et bascule vraiment cette fois du mauvais côté. Retrouvé en février 1973 à Talence, il blesse un policier à un pied et est finalement interpellé après avoir frôlé la mort. Incarcéré, il se marie en prison et s'évade à nouveau de Gradignan. « Petit François » devient le « roi de la belle ». La justice prend la mesure du personnage et l'envoie à Fresnes pour y purger quinze ans de réclusion criminelle. Nous sommes en juin 1975. Quatre mois plus tard, il scie les barreaux de sa cellule et s'enfuit en pyjama au guidon d'un Solex pour disparaître dans la nature avant de s'attaquer à l'officine d'un agent de change près de la Bourse, à Paris. Sans violence, il rafle 800 000 francs mais est rapidement appréhendé. Retour à Fresnes au Quartier de haute sécurité (QHS). Là, François Besse fait la connaissance d'un certain Jacques Mesrine. Ils se font passer des messages, s'entendent bien et prennent la tête d'un mouvement de révolte contre les QHS qui obtient le soutien du journal « Libération » et de quelques intellectuels.

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Le casino de Deauville

Transférés à la prison de la Santé, Besse et Mesrine ne tardent pas à refaire parler d'eux. Le 8 mai 1978, à 9h30, ils neutralisent un gardien avec du gaz lacrymogène, s'emparent d'armes à feu, escaladent un mur à l'aide d'une échelle. Mais une fois dans la rue sont surpris par un gardien de la paix en patrouille. Des tirs sont échangés. Carman Rives, un codétenu qui a suivi, est abattu. Libres depuis huit jours, ils braquent une armurerie à Paris, s'emparent de pistolets et de munitions. Le besoin d'argent pour assurer leur cavale est pressant : le 26 mai 1978, ils attaquent le casino Barrière de Deauville. Il est 22 heures, des coups de feu sont échangés et des passants blessés. Besse et Mesrine aussi. Ils réussissent néanmoins à s'évanouir à pied dans la campagne pour trouver refuge dans une ferme, chez un éleveur de chevaux. Toute la famille est prise en otage. Alors que policiers et gendarmes du GIGN mènent une traque sans relâche, les deux malfrats demandent à être conduits vers Paris à bord de la voiture de leurs otages, munie de fausses plaques.

Les voici en Seine-Saint-Denis, où ils agressent un conseiller financier de la Société Générale. Tandis que François Besse garde en otage l'épouse, la grand-mère et la fillette du banquier, Mesrine se fait accompagner à la salle des coffres. Le casse rapporte 450 000 francs. Un joli butin qui leur permet de se mettre au vert en Sicile puis en Algérie. Les mois s'écoulent et les deux hommes se séparent suite à un désaccord sur un projet de tentative d'assassinat du président de la cour d'assises Charles Petit, que Mesrine s'est fixé. « Il voulait se venger, je ne voulais pas », dit Besse. Les truands se perdent de vue et la police perd leur trace.

Cavale en solo

Mars 1979, François Besse est « logé » dans un hôtel en face de la gare de Bruxelles. Méfiant, le malfrat est filoché par les policiers belges et interpellé en pleine rue. Pour éviter l'extradition vers la France, celui qui se fait appeler « le bandit d'honneur » - il n'a jamais eu de sang sur les mains -, s'accuse de braquages. Écroué, il profite d'une comparution devant la Chambre du Conseil au palais de justice de Bruxelles pour s'évader. Un pistolet et une clé de moto ont été accrochés sous un banc à l'aide d'un adhésif. Il les récupère, prend en otage un magistrat, saute sur une Ducati 500 et s'enfuit. Son avocat Me Michel Graindorge soupçonné de l'avoir aidé est arrêté, écroué puis relaxé. François Besse, lui, a une nouvelle fois disparu. Grand seigneur, il poste, pendant sa cavale, une enveloppe contenant quatre billets de 20 francs adressée à la police belge en remboursement des sandwiches mangés lors de sa garde à vue !

Alors qu'il est en Italie, le « roi de la belle » apprend, le 2 novembre 1979, le décès de Jacques Mesrine, tué en plein Paris par les hommes de l'antigang du commissaire Broussard. Direction l'Espagne où il braque une bijouterie déguisé en prince arabe. Balancé par un patron de bar, il est arrêté en 1982. De nouveau incarcéré, il change régulièrement de prison et profite d'un transfert avec d'autres détenus vers le palais de justice de Madrid, pour s'évader une sixième fois en subtilisant à son geôlier les clés de ses menottes. Alors qu'il tente de passer la frontière vers la France, il est contrôlé par la douane à Cerbère en possession de plusieurs passeports. Démasqué, il tente de prendre en otage le gabelou mais prend finalement un agent de la Police aux frontières pour assurer sa fuite. Après quelques heures, il l'abandonne dans un parking souterrain à Perpignan. Traqué, François Besse attaque un chauffeur de taxi et file vers Narbonne puis Paris où il descend en gare d'Austerlitz. Il ne laisse aucune trace sur son passage mais, coïncidence, plusieurs braquages sont perpétrés en région parisienne à la même époque.

On le croit au sein du gang des Postiches, la fameuse équipe qui frappe des banques et éventre des coffres-forts. Ou même mort. Mais non ! « l'Anguille » est bien en vie. Et après dix années de silence, il fait à nouveau parler de lui à Damazan, dans le Lot-et-Garonne. Alors qu'il circule avec sa compagne Marie-Ange, il tombe sur un contrôle de routine des gendarmes un soir de décembre 1993. Avec détermination, il désarme les militaires, les fait coucher au sol, détruit leur système radio et file. Un mois plus tard, sa mère décède à Cognac. Il n'assiste pas aux obsèques car trop risqué. Mais il revient dans la région d'Angoulême, puis redescend vers le sud et dépose sa compagne à la maternité de l'hôpital de Carcassonne. La jeune femme accouche sous le nom de Laurence Martinez et quitte sa chambre dès le lendemain avec son bébé, une petite Charlène.

« Assoiffé de liberté »

Difficile dès lors de se terrer. Le couple et l'enfant partent en Espagne et au Maroc. C'est là que prend fin en novembre 1994 la cavale de François Besse, arrêté par la police locale dans un restaurant à Tanger. Il a sur lui un faux passeport et un pistolet de calibre 38. Incarcéré et placé à l'isolement, il veut se convertir à l'Islam. En février 1995, le roi du Maroc le gracie. Retour en France. L'heure de payer ses dettes. Les condamnations s'enchaînent : cinq et huit ans de prison à Angoulême (1996-1998), huit ans devant la cour d'assises de Paris en 2002 où il demande pardon aux victimes. « À Angoulême, ce n'était déjà plus le même homme », se souvient l'avocat Me Philippe de Caunes. « Par son comportement, il a su s'attirer la sympathie des jurés en s'expliquant avec beaucoup de franchise. Il était terriblement assoiffé de liberté et voulait combattre les injustices ». François Besse a été libéré en 2006.