Fouras : le coq du monument aux morts, une histoire revisitée
Fouras : le coq du monument aux morts, une histoire revisitée

Cent ans après son inauguration, le monument aux morts de Fouras a accueilli un coq patriote à son sommet le 8 mai 2022. Retour sur une histoire interprétée et réécrite, à travers un article initialement publié le 27 avril 2022.

Un monument inachevé ?

Le monument aux morts de Fouras est-il resté inachevé pendant cent ans ? À son sommet, serait-il orphelin d'un coq, symbole de la pugnacité du combattant et du patriotisme arrogant ? La presqu'île a tranché : c'est oui. Pourtant, à la lecture des archives de l'après Première Guerre mondiale, rien n'est moins sûr, même si le volatile fut un temps évoqué pour coiffer l'obélisque du square Burot.

Le coq en granit de l'Himalaya, installé en décembre 2021, mesure 50 centimètres et pèse 20 kilos. Jean Derache, bien malgré lui, est à l'origine de cette histoire revisitée. En novembre 2020, le président du club photo veut consacrer « l'image du mois » au monument aux morts. Il s'adresse au président des Anciens combattants, Jean-Louis Paillard, qui n'a aucune archive. C'est Françoise Roby, passionnée d'histoire locale, qui va réveiller le passé en épluchant les archives pour le seul club photo.

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Les archives parlent

Le 23 mars 1919, comme partout en France, les élus décident de faire ériger un monument aux morts. Puisqu'un orage de 1914 a eu raison de la statue de l'Amiral Pottier, sise place Vauban (actuel square Burot), l'espace face à la mer est libre. Mais l'entreprise va prendre du retard. La municipalité change en décembre 1919. Si celle d'Edmond Gauvin tenait à prendre l'entière dépense à sa charge, celle de Pierre Lemarec participera, mais pas seule. Elle demandera une aide au Département et lance une souscription. Un comité est formé pour les dons, les quêtes et autres kermesses.

Pour faire patienter les habitants qui ont perdu 94 de leurs enfants, la Ville appose une plaque commémorative de 160 francs en 1920, dans la salle des séances de la mairie. On peut y lire « Honneur aux enfants de Fouras morts pour la France 1914-1918 ».

L'affaire avance et les plans aussi. Le comité porte son choix sur le croquis n° 1, celui de Georges Le Naour à Quimper, qui coûte 7 600 francs. Ce sculpteur est réputé pour avoir réalisé bon nombre de monuments funéraires à l'époque. Un peu plus tard, le Conseil municipal se prononce sur un monument en granit, finalement « avec coq gaulois ». Le conseil ratifie le 11 février 1921.

Pas de modification

Mais, dans une séance ultérieure, les élus étudient de plus près la dépense du coq qui viendrait coiffer le pyramidion. Il semble que cette option payante ait été demandée au dernier moment, par le comité sans doute. La souscription a dû rapporter plus que prévu et il reste quelques sous à dépenser. Georges Le Naour établit donc un nouveau devis : « en granit, le coq seul coûterait 1 600 francs ; en bronze 2 500 francs ; et en imitation 1 500 francs. » Les élus refusent la modification apportant un coq au sommet du monument initialement prévu.

Les élus tranchent : « le conseil est d'avis de n'apporter aucune modification au projet choisi et décide de consacrer la somme qui restera disponible à l'édification d'une grille autour du monument. » Voilà comment le volatile s'est envolé avant d'être arrivé. En effet, le croquis n° 1, agréé par tous, n'a jamais fait apparaître le moindre coq. Le monument aux morts correspondra donc à celui qui a fait l'unanimité au départ. Les élus votent, la préfecture valide en juillet 1921. Il en coûtera au total 12 606,60 francs. On a assez perdu de temps, il est urgent d'inaugurer. Dont acte le 25 septembre 1921.

Histoire revisitée

De cette histoire, le président des Anciens combattants ne retient qu'une chose : l'obélisque aurait dû être coiffé d'un coq, il faut réparer l'oubli centenaire. Et tant pis si ce n'est pas ce que disent les archives. Pendant cent ans, le monument de granit faisait l'affaire pour honorer ses « morts pour la France ». Et aujourd'hui, le coq manquerait ? Certains vont même jusqu'à dire qu'ils trouvaient le monument inachevé. Tiens donc ! Jean-Louis Paillard voulait son coq, il l'a eu.

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Notre coq, symbole du patriotisme français, est la fierté nationale sur les terrains de sport comme dans les conflits, explique Jean-Louis Paillard. Il ne perd pas de temps : dès 2021, il fait sculpter un gallinacé en granit de l'Himalaya, pour 3 000 euros payés par les Anciens combattants, le Souvenir français, les Médaillés militaires et la Légion d'honneur, mais aussi le Département et la Ville dont Sylvie Marcilly était encore maire. « Les élus m'ont dit que c'était de bon goût. Notre coq, symbole du patriotisme français, est la fierté nationale sur les terrains de sport comme dans les conflits », commente l'ancien gendarme.

La sculpture aurait dû être inaugurée le 11 novembre 2021, pour le centenaire du monument, mais elle n'a pu être posée qu'en décembre dernier. Le coq sera donc inauguré ce 8 mai 2022. En ces temps de guerre en Ukraine et de montées des extrémismes patriotiques, n'aurait-il pas mieux valu laisser le monument aux morts tranquille ? Quitte à vouloir réécrire l'histoire, la colombe pacifique eût été de meilleur goût que le coq revanchard.

Depuis l'extension de la mairie, la plaque commémorative n'est plus dans la salle du conseil.