Volotea : une augmentation de prix après achat qui interroge
Depuis le 16 mars 2026, la compagnie aérienne low-cost Volotea applique un supplément pouvant aller jusqu'à 14 euros par passager sur des billets déjà achetés, en fonction du cours du kérosène. Cette pratique inédite dans le secteur aérien suscite des interrogations juridiques, mais elle est légale sous certaines conditions précises. Le ministre des Transports Philippe Tabarot a jugé le dispositif flou juridiquement et a demandé à la Direction générale de l'aviation civile (DGAC) d'étudier la question.
Comment fonctionne le mécanisme « Fair Travel Promise » ?
Volotea a baptisé ce dispositif Fair Travel Promise (engagement de voyage équitable). Concrètement, la compagnie se réserve le droit d'ajuster le prix du billet après l'achat, à la hausse comme à la baisse, en fonction de l'évolution du prix du kérosène relevé sept jours avant le départ. Le supplément maximum est fixé à 14 euros par passager et par vol. En cas de baisse des cours, la compagnie promet un remboursement jusqu'au même plafond. Volotea précise que cet ajustement ne génère aucun bénéfice pour elle et n'intervient qu'en cas de situations extraordinaires. En contrepartie, les passagers peuvent modifier ou annuler leur vol sans frais jusqu'à quatre heures avant le départ.
Pourquoi le kérosène est crucial pour les low-cost ?
La flambée des prix du carburant liée à la guerre au Moyen-Orient et à la quasi-paralysie du détroit d'Ormuz frappe particulièrement les compagnies low-cost. Pour elles, le carburant représente entre 30 et 50 % des coûts d'exploitation, contre 25 à 35 % pour une compagnie classique. Le baril de Brent dépassait les 113 dollars mardi matin, contre environ 100 dollars mi-mars. Le seuil au-delà duquel Volotea peut facturer un supplément est fixé à 75 dollars, ce qui rend le supplément quasiment systématique dans le contexte actuel.
Est-ce légal ? Les conditions à respecter
Juridiquement, modifier le prix d'un billet déjà acheté est en principe illégal, car le passager est lié par un contrat dont le tarif est une condition essentielle. Cependant, Volotea a trouvé une faille : si une clause prévoit une augmentation ou une baisse du prix dans les conditions générales de vente, et que le passager en est clairement informé lors de la conclusion du contrat, la compagnie peut réajuster le tarif. Selon l'avocate Anaïs Escudié, spécialiste en droit aérien, le passager doit être clairement informé de cette clause au moment de l'achat. L'avocat Emmanuel Llop précise quatre conditions nécessaires :
- Information claire lors de la réservation
- Modalités de calcul transparentes
- Possibilité de baisse prévue
- Droit d'annuler sans frais
Les billets achetés avant le 16 mars 2026 ne sont pas concernés. Des associations de consommateurs en Espagne et au Portugal enquêtent sur la légalité du dispositif. Le ministre des Transports a demandé à la DGAC d'étudier rapidement cette question, qui se jouera au niveau européen.



