La famille la plus nombreuse de France : un record dans les archives
Le 7 avril 1985, une réunion familiale extraordinaire a lieu à Saint-Michel, en Charente. Les descendants d’Henri et Augustine Faugeroux se rassemblent autour de leurs parents et grands-parents pour célébrer Pâques. Cette famille, la plus nombreuse de France, est inscrite au livre des records avec dix-huit enfants et vingt-quatre petits-enfants. Retour sur cette journée unique et sur l'histoire de ce couple hors du commun.
Une rencontre en temps de guerre
En 1941, malgré la guerre et l'occupation qui interdisent les bals, la jeunesse trouve moyen de se divertir. À Availles-Limouzine, dans la Vienne, une fête champêtre est organisée. C'est là qu'Henri remarque Augustine, qui lui sourit en retour. Deux ans plus tard, l'agriculteur et la jeune femme, âgée de seulement dix-sept ans, se marient. Leur union est solide, et comme dans les contes, ils sont heureux et ont beaucoup d'enfants. Vraiment beaucoup.
Une famille record
Invités à passer les fêtes de Pâques dans le café-restaurant d'un gendre, aux portes d'Angoulême, Henri et Augustine Faugeroux réunissent leurs huit fils, neuf filles – une dixième absente pour cause de foire – et leurs vingt-quatre petits-enfants. Ils ignoraient être la famille la plus nombreuse de France jusqu'à ce qu'un parent leur montre une édition du Livre des records, où ils figurent en bonne place. « C'est la destinée », commente le patriarche.
Le travail et le sourire
Henri, agriculteur, incarne le travail acharné de la terre, avec des mains lourdes mais une voix étonnamment jeune. Augustine, elle, rayonne par son sourire et son regard vif. « Nous avons toujours eu envie d'avoir une famille nombreuse », confie Henri, dont le père avait déjà quatorze enfants. Dans l'après-guerre, sans contraception et avec des mentalités différentes, les naissances se succèdent chez les Faugeroux. Augustine accouche toujours à la maison, aidée par une sage-femme.
La vie à la campagne
Employé comme métayer, le couple finit par s'installer à son compte à Availles, dans une grande ferme où ils élèvent des moutons. L'organisation de la maison avec dix-huit enfants s'impose naturellement. « Tous les jours, chacun savait ce qu'il y avait à faire », se souvient une belle-fille, évoquant les paires de chaussures alignées comme dans un magasin. La nourriture est simple, avec du pain et des volailles, et les allocations familiales permettent juste de subvenir aux besoins.
Éducation et responsabilités
Josette, la septième fille, témoigne de l'ambiance familiale : « Dix-huit enfants sous le même toit, c'était formidable ». La nombreuse fratrie a appris très tôt la responsabilité et le respect, avec un père qui n'a jamais levé la main sur ses enfants. Tous ont trouvé un emploi : cinq fils sont restés agriculteurs, d'autres sont gendarme, employé de l'électricité, factrice ou femmes d'artisans. « Aucun n'a mal tourné », se félicitent les parents, évoquant avec émotion deux enfants décédés en bas âge.
Passion et héritage
Passionné de vélo, Henri n'a pu courir dans sa jeunesse à cause de la guerre, mais six de ses fils ont eu leur licence. L'un d'eux, Patrice, a été sacré champion junior du Poitou-Charentes de cyclo-cross. Cette passion sportive réchauffe le cœur d'Henri, tout comme le prix Cognac Jay remporté par Augustine. Le général de Gaulle a même été le parrain d'une de leurs filles, Patricia, qui se marie avec un coureur cycliste.
Cette histoire, tirée des archives, illustre un mode de vie rural et familial aujourd'hui révolu, mais qui a marqué la mémoire collective de la région.



