Faisanderie des Monts du Lyonnais : des centaines de faisans morts, une plainte déposée
Faisanderie : des centaines de faisans morts, plainte déposée

Des centaines de faisans sont morts dans un élevage de Saint-Laurent-de-Chamousset, près de Lyon. L'association Nos Viventia a déposé plainte pour « défaut de soins et maltraitance » après avoir constaté des cadavres entassés et des oiseaux agonisants. L'élevage, qui compte entre 50 000 et 60 000 oiseaux, est sous le coup d'une enquête de la Direction départementale de la protection des populations (DDPP).

Des constats alarmants sur place

Pierre Rigaux, fondateur de Nos Viventia, s'est rendu sur les lieux samedi matin après une alerte. Il décrit des « pattes de faisans qui dépassent de poubelles cassées en bord de route », une odeur « répugnante » et des « centaines de cadavres entassés » dans des remorques de quads. « Depuis le bord de la route, j'ai vu des centaines de cadavres dans les voilières visibles, donc une seule petite partie de la totalité de la structure, mais aussi des dizaines d'oiseaux qui étaient en train d'agoniser », rapporte-t-il.

Lundi matin, les carcasses étaient encore présentes, dénonce-t-il, jugeant le ramassage trop lent. Il pointe également l'utilisation de poubelles domestiques pour stocker les cadavres, au lieu de bacs aux normes d'équarrissage. « Si jamais il y a une maladie, ce n'est pas du tout protégé », s'inquiète-t-il.

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Un système d'abreuvement inadapté selon l'association

À l'accueil de l'élevage, on a expliqué à Pierre Rigaux que la mortalité était due à la chaleur. Mais l'écologue estime que des établissements comparables, soumis aux mêmes conditions météorologiques, connaissent une mortalité bien moindre. « Si c'est à cause des canicules, la réponse de l'éleveur est insuffisante. Quand on fait face à des fortes chaleurs, il faut beaucoup plus d'ombres et beaucoup plus d'eau pour ces animaux », affirme-t-il. Il a observé un système de « goutte-à-goutte » qui ne répond pas aux besoins des faisans.

L'association a averti les services de l'État et a déposé plainte. « Les conditions d'élevage sont incompatibles avec les besoins de ces oiseaux (promiscuité trop importante, trop faible protection contre la chaleur…) », rappelle-t-elle. « Ce n'est pas normal qu'autant d'oiseaux meurent à cause de la chaleur. C'est la première fois qu'on a connaissance d'une mortalité aussi importante dans un élevage », révèle Pierre Rigaux.

Le syndicat évoque un « accident climatique »

Jean-Christophe Chastang, président du syndicat national des producteurs de gibiers de chasse (SNPGC), confirme qu'il s'agit d'une première dans la région. « C'est la première fois que ça arrive dans la région », affirme-t-il, répondant au nom de l'éleveur, « trop affecté » pour s'exprimer. Selon lui, les premiers décès ont été constatés il y a une dizaine de jours. « Directement, on a alerté les services de l'État, qui ont pratiqué les contrôles nécessaires pour rechercher la cause de cette mortalité et l'élevage est sous suivi d'un vétérinaire sanitaire », assure-t-il.

Le président du SNPGC parle d'un « accident climatique dû aux fortes chaleurs, qui a provoqué un problème sanitaire ». Des vaccinations et traitements médicamenteux sont déployés pour « essayer de contenir ce problème de bactéries ». D'après les services de l'État, l'hypothèse d'un virus a été écartée. Jean-Christophe Chastang compare la situation à un incendie : « On met des moyens en œuvre mais on travaille avec la nature, et on n'y arrive pas du premier coup. » Il réfute également les accusations concernant les poubelles, affirmant que « l'association n'a pas eu l'autorisation de constater quoi que ce soit à l'intérieur de l'élevage ».

L'association milite pour l'interdiction de ces élevages

Au-delà de cette affaire, Pierre Rigaux dénonce la pratique de l'élevage intensif de gibier pour la chasse. « Plusieurs millions d'oiseaux sont lâchés pour le seul but de l'ouverture de la chasse. Ça paraît aberrant d'élever des oiseaux comme ça, de manière intensive dans l'unique but de leur tirer dessus », déclare-t-il. Il considère que les faisans sont traités comme « de la chair à canon, de la marchandise ».

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Son association a recensé 340 élevages de ce type en France, dont près de 300 pour les faisans. « Rien n'est prévu dans la loi pour respecter au minimum le bien-être de ces oiseaux », insiste-t-il. Nos Viventia a lancé une pétition pour « interdire les élevages des animaux destinés à la chasse », qui a recueilli près de 40 000 signatures.