Le 7 mars 2024, peu avant minuit, trois individus stationnent sur le parking d’un supermarché à Castelmoron-sur-Lot, dans le Lot-et-Garonne. À bord, un homme de 43 ans originaire de Fumel, accompagné de son fils et d’un ami, a rendez-vous avec plusieurs personnes après avoir commandé des stupéfiants via l’application Telegram. Un véhicule immatriculé en Gironde arrive comme convenu. Le quadragénaire monte à l’arrière de son plein gré. Mais la transaction tourne mal : maintenu de force dans l’habitacle, il est frappé. Une deuxième voiture surgit, ses occupants s’en prennent aux proches de la victime, frappant leur véhicule avec diverses armes. Ces derniers parviennent à s’enfuir. Le quadragénaire, en revanche, est enlevé et emmené à quelques kilomètres de là, dans un bois à Martillac, en Gironde, où il est roué de coups. Ses agresseurs, au nombre de huit selon ses déclarations, le laissent agonisant en pleine forêt et regagnent leurs domiciles.
Le lendemain matin, un promeneur découvre la victime gisant à moitié nue, inconsciente, le pantalon descendu aux chevilles. Son pronostic vital est précaire. Placé dans un coma artificiel, le Fumélois se réveille plusieurs mois après son agression et vit désormais avec une infirmité permanente.
Les investigations
Grâce au visionnage de caméras de vidéosurveillance, notamment aux péages de l’autoroute A62, et à des analyses ADN, les enquêteurs du détachement d’Agen de la Section de recherche de Bordeaux identifient cinq suspects. Philippe Ngan Otsaghe, Hamza Madroua, Qayim Badrane, Sabry Soussi et Mohamed Diaby, âgés de 22 à 23 ans, sont mis en examen pour enlèvement en bande organisée suivi de mutilation ou infirmité permanente.
Les audiences
La cour d’assises de Lot-et-Garonne se penche sur cette affaire du jeudi 21 au mercredi 27 mai. Les cinq mis en cause admettent partiellement avoir participé à l’enlèvement, sous la directive de trafiquants de stupéfiants résidant à Mérignac, mais réfutent toute violence dans le bois de Martillac. Selon les accusés, ce groupe commando aurait été formé pour punir la victime, qui aurait dérobé trois kilos de résine de cannabis lors d’une transaction précédente. Cette explication est réfutée par la partie civile, par ailleurs connue des forces de l’ordre.
Le quintet de suspects encourt la réclusion criminelle à perpétuité. Ils sont représentés par des avocats des barreaux de Bordeaux et de Paris. Philippe Ngan Otsaghe est défendu par Mes Margaux Castex et Pierre Blazy ; Hamza Madroua et Qayim Badrane par Me Julie Elduayen. Tous trois sont en détention provisoire. Sabry Soussi et Mohamed Diaby, placés sous contrôle judiciaire pendant l’instruction, ont pour conseils Mes Alexandre Novion et Malcolm Mouldaia. La victime est assistée de Me Antoine Chambolle.



