La famille de Ludovic Granet, décédé le 18 mars 2026 à Frontignan, s'apprête à déposer plainte auprès du procureur de la République contre la société d'aide à domicile Amabilis 34. Elle lui reproche de graves négligences ayant conduit au drame.
Un décès après une fausse route
Ludovic Granet, âgé d'une cinquantaine d'années, était reconnu handicapé à 95 % depuis une vingtaine d'années. Sourd, muet, en fauteuil roulant et incapable de s'alimenter seul, il bénéficiait d'une prise en charge 24 heures sur 24. En juillet 2025, sa mère, Marie-Ange Granet Olivier, avait fait appel à la société Amabilis 34, domiciliée à Frontignan, sur recommandation.
Jusqu'en octobre 2025, les interventions se déroulent sans incident. Un premier problème survient avec une intervenante, qui est remplacée. Le 16 mars 2026, la nouvelle aide à domicile donne son goûter à Ludovic. Il fait une fausse route et s'étouffe. L'intervenante contacte alors la mère, sans entrer dans les détails, pour lui dire que son fils n'est pas très bien. En arrivant, Marie-Ange Granet comprend la gravité de la situation et alerte le Samu. Ludovic est admis aux urgences du centre hospitalier de Sète, où il fait plusieurs arrêts cardiaques. Il meurt deux jours plus tard.
Des manquements graves selon la famille
Pour la famille, la responsabilité incombe à la société, qui n'aurait pas respecté le projet d'accompagnement personnalisé établi. Me Fanny Danet, avocate de la famille, a adressé un courrier à Amabilis 34 le 17 juillet, évoquant « de graves défaillances dans l'organisation et l'exécution du contrat de prestation de service ». Elle détaille : « La personne envoyée n'avait pas a priori les compétences requises pour assurer la surveillance et la sécurité de Ludovic puisqu'elle n'a effectué aucune manœuvre de premier secours. Elle ne l'a pas placé en position latérale de sécurité. Elle n'a pas tenté de manœuvre de Heimlich, ni même de lui taper dans le dos pour tenter de désobstruer ses voies respiratoires. Enfin, elle n'a pas appelé les secours, lesquels sont arrivés trop tard sur place, après l'appel de Marie-Ange Granet Olivier, pour le sauver. Le cœur s'était déjà emballé. »
La famille souhaite faire valoir l'intégralité de ses droits, tant au pénal qu'au civil. Elle demande notamment de déclarer le sinistre à l'assureur et de transmettre les justificatifs de formation du personnel intervenu. Elle ne s'oppose pas a priori à un règlement amiable. Sans réponse d'Amabilis 34, l'avocate a envoyé le 8 septembre un courrier recommandé avec accusé de réception, mettant en demeure la société de communiquer les éléments demandés sous huit jours, à défaut de quoi une procédure pénale sera engagée.
La société se défend
Franck Nataf, fondateur et dirigeant d'Auxilife, dont Amabilis est une filiale, précise : « Nos pensées vont en premier lieu à la famille de Monsieur Granet, ainsi qu'au personnel de chez nous qui l'accompagnait, et qui est très affecté par ce drame. Moi, personnellement et nos équipes, nous sommes très concernés par cette situation. » Concernant le retard de réponse, il explique : « Dès que nous avons eu connaissance de cette situation dramatique, nous avons saisi notre assureur. Une procédure est donc en cours pour reconstituer les faits et leur chronologie afin de pouvoir répondre aux différentes demandes de la famille et faire toute la lumière sur la situation dramatique qui s'est produite. Le courrier de leur avocate étant arrivé mi-juillet, en plein dans les congés estivaux, il nous a fallu plus de temps pour réunir l'ensemble des éléments, contacter notre assureur et trouver un avocat, mais notre priorité est bien d'apporter à la famille les réponses légitimes qu'elle attend. »
Sur les compétences de l'aide à domicile, il affirme : « Notre cahier des charges stipule que tout intervenant doit faire état de trois ans d'expérience ou être en possession d'une formation. L'aide à domicile en charge de Monsieur Ludovic Granet a une formation de premier secours niveau 1, une autre sur le handicap et plus de trois ans d'expérience, ce qui est conforme à la réglementation. »
La justice devra trancher
En l'absence de réponse rapide, une plainte sera déposée auprès du procureur de la République pour omission de porter secours, mise en danger de la vie d'autrui et homicide involontaire par négligence. Me Danet ajoute : « Cette société s'était engagée à protéger leur proche, et c'est le contraire qui s'est produit. Les plaignants estiment avoir été trompés et trahis. » Si la plainte est classée, la famille pourra engager une procédure devant une chambre civile du tribunal judiciaire pour obtenir une réparation financière. « Il ne s'agit pas d'une quête d'argent de leur part, mais c'est une autre façon de rendre justice et de réparer les préjudices importants soufferts par les proches », explique l'avocate. Marie-Ange Granet Olivier conclut : « Il ne faut pas qu'un tel drame se reproduise avec d'autres. C'est pour cela qu'on a décidé de se battre. »



