Cyberharcèlement de Gisèle Journo : une enquête ouverte à Paris
Cyberharcèlement de Gisèle Journo : enquête ouverte

Le parquet de Paris a confirmé jeudi 20 août l'ouverture d'une enquête préliminaire après la campagne de cyberharcèlement visant Gisèle Journo, cofondatrice de l'agence d'influenceurs Gisèle Paris. Ses avocats dénoncent des menaces de mort ainsi que des insultes antisémites et sexistes. Le Pôle national de lutte contre la haine en ligne (PNLH) a confié les investigations à la Brigade de répression de la délinquance contre les personnes (BRDP).

Des republications de vidéos épinglées

Tout commence par quelques apparitions dans les très suivis « Vlogs d'août » de Lena Situations (3,2 millions d'abonnés sur Youtube, 4,9 sur Instagram). Au début du mois, la créatrice de contenus, de son vrai nom Lena Mahfouf, rejoint pour quelques jours sur l'île de Ré un groupe d'amis parmi lesquels les influenceurs Sundy Jules, Paola Locatelli ou encore Sulivan Gwed. Des internautes identifient aussi la dirigeante de Gisèle Paris et examinent ses comptes personnels ; Gisèle Journo était jusqu'ici inconnue du grand public.

Ils exhument alors plusieurs vidéos repartagées sur TikTok à ses abonnés. Il ne s'agit pas de contenus produits par Gisèle Journo mais de publications provenant d'autres comptes. Des militaires israéliens apparaissent dans certaines séquences, tandis qu'une autre publiée par un influenceur se présentant comme « insupportablement sioniste », montre des soldats israéliens marchant sur une plage accompagnés de l'inscription « un peuple de super-héros ». Parmi les publications épinglées figure également une vidéo montrant un drapeau israélien géant près du mur des Lamentations à Jérusalem. Un dernier contenu, qui se veut être une vidéo « humoristique », met en scène de manière fictive « le voyage de Rima Hassan en Israël » et son passage à la frontière. Selon « Le Point », d'autres contenus lui ont également été reprochés, dont une publication montrant un soldat israélien qui serait en réalité un hommage au mari décédé de l'une de ses amies, ainsi qu'une vidéo d'un concert du chanteur israélien Omer Adam.

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Rima Hassan appelle au boycott

La controverse prend une dimension supplémentaire le 13 août lorsque l'eurodéputée insoumise Rima Hassan relaie sur Instagram plusieurs captures de ces republications et appelle au boycott de son agence : « Je ne vais pas m'amuser à lister tous les influenceurs et influenceuses qui ont collaboré avec Gisèle Journo à la tête de l'agence Gisèle Paris, qui, à plusieurs reprises a relayé et soutenu du contenu de l'armée israélienne en plein génocide. Le boycott s'impose. »

Dans une première version de son message, Rima Hassan mentionne également Lena Situations avant de retirer son nom. L'influenceuse, de son vrai nom Lena Mahfouf, « like » néanmoins la publication, comme plusieurs personnes de son entourage. Elle ne s'est depuis pas exprimée publiquement sur l'affaire. Ce geste est particulièrement scruté parce que Lena Situations a déjà affiché son soutien à la cause palestinienne. Elle avait notamment porté un pendentif représentant une pastèque, devenu un symbole de solidarité avec les Palestiniens, lors d'un épisode de son podcast avec l'actrice Jenna Ortega. Dans les jours qui suivent, les comptes de Gisèle Journo passent en privé et plusieurs influenceurs prennent publiquement leurs distances.

Des départs dans son agence et rupture avec ses proches

Le boycott touche d'abord Gisèle Paris. Plusieurs influenceurs représentés par l'agence affirment avoir découvert les republications de sa dirigeante avec la polémique et annoncent leur départ ou réaffirment leur soutien à la Palestine. C'est notamment le cas de Fadhel, TheDollBeauty ou Lucile Lol.

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Mais l'affaire affecte aussi le cercle personnel de Gisèle Journo. Dans une vidéo publiée le 14 août, le youtubeur Sundy Jules, avec lequel elle était en vacances, la fait flouter à l'image. Son entourage explique à « Libération » que cette décision a été prise alors que les personnes présentes dans le groupe recevaient elles-mêmes des menaces et des messages de harcèlement. Le créateur de contenus Sparkdise publie dans la nuit du 14 au 15 août un message particulièrement virulent : « Fuck Gisèle fuck all Zionist qui me suivent », avant de le supprimer. Interrogé ensuite par « Libération », il dit regretter cette réaction « faite dans la précipitation » après avoir lui-même reçu des messages le qualifiant de « pro-génocide ». Il condamne à son tour le cyberharcèlement visant Gisèle Journo et son agence.

Gisèle Paris dénonce des attaques antisémites

Face à la polémique, l'agence prend la parole le 14 août. Elle reconnaît que les republications personnelles de Gisèle Journo ont pu « heurter, dans un contexte aussi douloureux », mais assure n'avoir « jamais soutenu ni cautionné la mort de civils palestiniens ». Elle précise aussi ne pas avoir « vocation à prendre de positions politiques », tout en assurant laisser aux créateurs qu'elle représente leur liberté de parole. Dans le même communiqué, Gisèle Paris affirme que certains de ses salariés sont visés par des « insultes », des « menaces », des « propos antisémites » et des « messages haineux ».

Karen Noblinski, avocate de Gisèle Journo et de Gisèle Paris, décrit à l'AFP une campagne de cyberharcèlement « d'une ampleur particulièrement préoccupante, mêlant menaces de mort, injures à caractère antisémite et sexiste et appels à la haine ». Parmi les messages recensés figurent notamment : « Vous serez chassés, traqués, tabassés » ou encore une référence aux chambres à gaz.

La polémique s'est ensuite déplacée vers l'attitude des proches de Gisèle Journo. L'animateur Arthur, la Licra, le média proche du Crif Léon, plusieurs comptes pro-israéliens ont reproché à Lena Situations et à d'autres influenceurs de s'être désolidarisés de leur amie alors qu'elle était la cible de messages antisémites. Certains dénoncent une « véritable chasse aux Juifs ». La députée apparentée Renaissance des Français de l'étranger Caroline Yadan s'est elle aussi tournée vers Lena Situations. Estimant que les gestes d'une personnalité suivie par plusieurs millions de personnes « ne sont pas anodins », celle qui a été à l'origine d'une proposition de loi controversée visant à lutter contre l'antisémitisme, a annoncé dans un communiqué avoir contacté plusieurs marques collaborant avec l'influenceuse et d'autres créateurs concernés pour leur demander si leur comportement était compatible avec leurs engagements en matière « de respect, d'inclusion et de lutte contre les discriminations. »

Une initiative dénoncée par Manuel Bompard. Le coordinateur de la France Insoumise accuse Caroline Yadan de vouloir « détruire la carrière » de Lena Situations « parce qu'elle a liké un tweet et qu'elle s'est désabonnée de comptes sur les réseaux sociaux », apportant son « soutien total » à l'influenceuse. Lena Situations est régulièrement victime de campagnes de cyberharcèlement raciste, sexiste, ou grossophobe ces dernières années. À plusieurs reprises, la créatrice de contenus a temporairement désactivé ses réseaux sociaux.