Le Front de libération nationale corse - Union des Combattants (FLNC-UC) a proféré des menaces explicites à l'encontre des non-Corses, dans une conférence de presse clandestine révélée mercredi soir par Corse-Matin. Cette prise de parole a immédiatement conduit le parquet national antiterroriste (Pnat) à ouvrir une enquête préliminaire pour, notamment, « association de malfaiteurs en vue de la préparation d'actes de terrorisme ».
Une enquête pour terrorisme déjà ouverte
L'enquête, annoncée jeudi, vise également « l'acquisition, détention et transport d'armes, de munitions ou d'éléments d'armes de la catégorie A et B en relation avec une entreprise terroriste », selon les informations du Pnat. Les investigations devront faire la lumière sur cette nouvelle démonstration de force du groupuscule clandestin, qui a marqué ses 50 ans d'existence en mai dernier.
La conférence de presse s'est tenue dans un lieu tenu secret, à une date non spécifiée, devant une large affiche du FLNC. Une quinzaine d'individus cagoulés et armés de fusils et de pistolets-mitrailleurs ont lu un communiqué de cinq pages, qualifiant le processus d'autonomie de la Corse de « mascarade » et de « duperie ».
Le processus d'autonomie rejeté en bloc
Le projet de loi constitutionnelle, approuvé le 23 juin par l'Assemblée nationale, doit être examiné au Sénat à partir du 21 octobre. Le FLNC-UC estime qu'il « aboutit à la négation de l'existence de notre peuple et au reniement des principales revendications de ces dernières décennies ». Les clandestins affirment être « déjà dans l'après-Beauvau », en référence aux discussions menées à Paris.
Le groupuscule s'en prend également aux partis nationalistes qui soutiennent ce processus : les autonomistes de Femu a Corsica, les indépendantistes de Core in Fronte, et les autonomistes d'opposition du Parti de la nation corse. Selon eux, « ceux qui s'expriment au nom du mouvement national, tout en soutenant le dit processus Beauvau, commettent une duperie sans précédent à l'égard de notre peuple ».
Des menaces contre les « envahisseurs »
Le FLNC-UC dénonce une « colonisation de peuplement galopante », évoquant « l'arrivée massive de près de 5.000 étrangers, dont une grande majorité de Français », chaque année sur l'île. Il critique aussi l'augmentation « démentielle » des résidences secondaires. Aux « envahisseurs », le message est clair : « restez chez vous », et « dans le cas contraire, ne vous considérez pas en sécurité sur notre territoire national ».
Le mouvement, qui prône « l'indépendance nationale », affirme néanmoins qu'il « continuera à jouer pleinement son rôle en soutenant par (ses) efforts de paix, pour l'heure unilatéraux, toutes les initiatives qui concourront réellement à une solution politique à laquelle notre peuple aspire depuis des décennies ».
Un contexte de tensions et de commémorations
Cette prise de parole intervient juste avant les journées internationales de Corte, en Haute-Corse, organisées samedi et dimanche par le parti indépendantiste et pro-lutte armée Nazione. Ces journées réunissent des voix indépendantistes de Guyane, de Martinique, de Guadeloupe, des Comores, de Nouvelle-Calédonie, de Catalogne et du Pays basque.
Le FLNC, apparu en 1976 lors d'une première « nuit bleue » (18 attentats), est devenu une nébuleuse opaque, marquée par des scissions et des recompositions. La dernière « nuit bleue » revendiquée remonte à octobre 2023, avec 45 explosions visant principalement des résidences secondaires et un centre des impôts désaffecté à Ajaccio, sans faire de blessés.



