Victime d'une usurpation d'identité depuis octobre 2024, un habitant de Frontignan vit un véritable calvaire, dont il ne voit plus l'issue. « Je n'ai rien fait et j'ai à présent un casier judiciaire », confie Vincent*, un jeune homme de vingt ans, dont le prénom a été modifié.
Une condamnation injuste
Ce vingtenaire a été condamné à 18 mois de prison avec sursis et trois ans d'interdiction de séjour dans les Bouches-du-Rhône par le tribunal correctionnel de Marseille pour acquisition, offre, détention et transport de stupéfiants. Des faits qu'il n'a pas commis, puisqu'il était dans l'Hérault, en centre de rééducation après une opération chirurgicale. Inquiet, Vincent redoute que son usurpateur, qui a fourni une adresse quasi identique à la sienne, ne vienne chez lui et s'en prenne à sa famille. « Ce mec-là, je ne sais pas de quoi il est capable. J'ai toujours peur qu'il arrive des trucs. S'il continue ses escroqueries sous mon nom, voire s'il tue quelqu'un, que va-t-il se passer pour moi ? », s'inquiète-t-il.
Le début du cauchemar
Tout commence en octobre 2024, quand il reçoit une amende de la SNCF pour avoir voyagé sans billet alors qu'il était hospitalisé, preuves à l'appui. Les poursuites cessent, mais il ne se doute pas encore qu'il a été victime d'une usurpation d'identité. Début janvier 2025, un dossier médical du CHU de Lapeyronie lui parvient, à la suite d'une opération qu'il aurait subie alors qu'il se trouvait à Metz. « Nous avons signalé au CHU qu'il ne s'agissait pas de mon fils, puis alerté la Sécurité sociale pour fraude. Nous avons également déposé une plainte au commissariat de Sète pour usurpation d'identité », retrace sa mère. Le cauchemar ne fait que commencer. Un mois plus tard, une nouvelle amende de la SNCF – cette fois pour un trajet à Lyon alors qu'il était hospitalisé dans l'Hérault – conduit à un second dépôt de plainte. Rebelote en novembre. C'est à cette occasion qu'il apprend l'existence de la condamnation prononcée à Marseille en octobre 2024, dont il n'a jamais été informé.
Des démarches complexes
Bien que le dossier d'enquête ouvert par la police nationale de Sète démontre l'usurpation d'identité dont il est victime, le 10 décembre 2025, il reçoit une convocation du juge d'application des peines du tribunal de Montpellier pour le 8 janvier 2026. « Ce jour-là, c'est comme si le monde s'écroulait. Je ne comprenais pas ce qui se passait. Je croyais que c'était fini alors que ça ne faisait qu'empirer », se souvient-il. Le juge reconnaît son innocence, mais n'a pas compétence pour effacer son casier judiciaire ni lever l'interdiction de séjour. Pour cela, Vincent doit saisir le tribunal correctionnel de Marseille via une requête fondée sur l'article 778 du Code de procédure pénale, une procédure coûteuse pour un jeune homme aux revenus modestes. « J'ai dû poser des congés pour déposer plainte. J'ai subi un prélèvement sur salaire pour payer une amende liée à son arrestation à Marseille. Je suis innocent, j'en ai toutes les preuves, mais j'ai l'impression que tout le monde s'en fout. Tout cela me ronge », lâche-t-il.
Une situation ubuesque
Une question le tourmente encore : l'origine du piratage, impossible à retracer. « Tout ce qui s'est passé m'a poussé à avoir des doutes sur mon entourage, ce qui m'a fait mal au cœur », avoue-t-il, avant de souligner que leur soutien lui est précieux. « On est sur une situation totalement ubuesque, résume son avocat, Me Suchon du barreau de Montpellier. Le plus important, maintenant, est de faire reconnaître par le tribunal de Marseille que ce n'est pas la bonne personne qui a été condamnée. » Viendra ensuite la question des poursuites contre l'usurpateur, si celui-ci est retrouvé. Encore faut-il pouvoir le localiser et prouver qu'il est à l'origine du piratage d'identité. Quand ce cauchemar prendra-t-il fin ? Les délais de justice ne plaident pas pour une résolution rapide.



