Cocaïne : ravages dans les métiers physiques, pas seulement chez les cadres
Cocaïne : des ravages dans les métiers physiques

« Et moi qui croyais que c’était réservé aux chefs d’entreprise stressés » : c’est par cette phrase que débute une enquête du Monde qui déconstruit le stéréotype associant cocaïne et cols blancs. La cocaïne fait en réalité des ravages dans les métiers physiques, où elle est consommée pour tenir la cadence, supporter la douleur ou simplement « tenir le coup ».

Un usage répandu dans le BTP, la restauration et le transport

L’enquête, menée auprès de travailleurs du BTP, de la restauration, du transport routier et de l’agriculture, révèle que 15 % des actifs interrogés déclarent avoir déjà consommé de la cocaïne au cours de leur carrière, et 6 % au cours des douze derniers mois. Dans le BTP, le taux monte à 22 % sur la carrière. « C’est un secret de Polichinelle : sur les chantiers, la coke circule comme des bonbons », témoigne un chef de chantier de 38 ans, sous couvert d’anonymat.

« Un dopant social » pour tenir le rythme

Les travailleurs interrogés expliquent que la cocaïne est perçue comme un « dopant social » permettant de supporter des horaires épuisants, des conditions de travail difficiles et des pressions hiérarchiques. Un cuisinier de 29 ans raconte : « Sans ça, je ne pourrais pas enchaîner les services de 14 heures. C’est devenu une habitude, presque une obligation. » Dans le transport routier, des chauffeurs avouent en prendre pour rester éveillés lors de longues trajets, malgré les risques pour la sécurité routière.

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Des conséquences sanitaires et économiques lourdes

L’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT) estime que 600 000 personnes consomment de la cocaïne chaque année en France, dont une part croissante dans les métiers manuels. Les accidents du travail liés à la consommation de stupéfiants ont augmenté de 30 % en cinq ans, selon la Caisse nationale de l’assurance maladie (Cnam). Le coût pour la société est estimé à 1,5 milliard d’euros par an, incluant soins, absentéisme et pertes de productivité.

Un tabou qui persiste

Malgré l’ampleur du phénomène, le sujet reste tabou dans les entreprises. Peu d’employeurs mettent en place des politiques de prévention, et les contrôles sont rares. « On préfère fermer les yeux, car si on vire tous ceux qui sniffent, on ferme le chantier », confie un conducteur de travaux. Les syndicats réclament une meilleure prise en charge et des campagnes de sensibilisation ciblées.

L’enquête du Monde souligne que la cocaïne n’est plus l’apanage des cadres stressés : elle s’est banalisée dans les métiers physiques, où elle devient un outil de survie professionnelle. Une réalité que les pouvoirs publics peinent encore à reconnaître et à traiter.

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