Le procès d'Olivier Bouygues, milliardaire et fils du fondateur du groupe Bouygues, s'est ouvert lundi matin devant le tribunal correctionnel d'Orléans. Il est poursuivi, avec cinq autres prévenus, pour destruction d'espèces d'oiseaux protégées. Les faits ont été révélés en juillet 2025 après la découverte d'un charnier sur son domaine de chasse de 600 hectares à La Ferté-Saint-Aubin (Loiret), en Sologne. Les prévenus encourent jusqu'à sept ans d'emprisonnement et 750 000 euros d'amende.
Un charnier découvert après une dénonciation anonyme
Le charnier contenait des cadavres de faucons crécerelles, de grandes aigrettes, de busards, de buses variables et de grands cormorans. Ces espèces protégées étaient, selon les enquêteurs, gênantes pour la prolifération du gibier. Plusieurs chats domestiques et sauvages ont également été tués. La découverte a été faite en juillet 2025, après une dénonciation anonyme.
Le domaine de chasse appartient à Olivier Bouygues, l'un des fils de Francis Bouygues, fondateur du géant du BTP, des télécoms et des médias. L'audience doit durer deux jours, jusqu'à mardi soir. Elle a débuté à neuf heures.
Des pratiques illégales « en cours depuis de nombreuses années »
Selon le ministère public, les investigations concernent des pratiques illégales « en cours depuis de nombreuses années sur le domaine de chasse » d'Olivier Bouygues. La procureure de la République d'Orléans, Emmanuelle Bochenek-Puren, a évoqué « une forme de professionnalisation de la destruction qui finit par porter atteinte aux équilibres de la biodiversité ».
Les gendarmes ont saisi du matériel prohibé, notamment des armes et une cinquantaine de pièges à mâchoires, interdits depuis 1995. Ils ont également découvert des documents listant les espèces à éliminer et retraçant les destructions déjà réalisées. Une pelleteuse utilisée pour l'enfouissement des cadavres d'animaux a aussi été saisie.
Une enquête pour « atteinte illicite en bande organisée »
Une enquête a été ouverte pour atteinte illicite en bande organisée à la conservation d'une espèce animale protégée ou à son habitat, et destruction d'une espèce animale non domestique. La procureure a précisé que « la circonstance aggravante de bande organisée n'avait jamais été mise en œuvre » jusqu'ici dans ce type de dossier.
Les faits sont « niés en tout ou pour partie selon les personnes impliquées », a ajouté Emmanuelle Bochenek-Puren. Les éléments recueillis décrivent « un système de prime attaché à la destruction des animaux sur le domaine de chasse, parmi lesquels des espèces protégées ». Une source proche de l'enquête a évoqué auprès de l'AFP des faits d'une « gravité extrême » et un procès « exceptionnel ».
Les associations de protection de la nature parties civiles
Le président de la Ligue de protection des oiseaux (LPO), Allain Bougrain-Dubourg, estime que l'audience « doit servir d'exemple ». Il décrit « des comportements extrêmement graves qui nuisent à la biodiversité ». « C'est du braconnage de haut vol, on a rarement vu une telle détermination à effacer des espèces qui gêneraient le gibier », a-t-il insisté.
Avec la LPO, une douzaine d'associations de protection de l'environnement se sont constituées parties civiles, tout comme la Fédération départementale des chasseurs du Loiret. Le président de France Nature Environnement, Antoine Gatet, a déploré : « Pour un dossier contrôlé qui va au tribunal, comme celui-ci, beaucoup d'autres ne vont pas au bout, faute de moyens. »
Contacté par l'AFP, l'entourage d'Olivier Bouygues s'est refusé à tout commentaire. Le verdict est attendu à l'issue des deux jours d'audience, mardi soir.



