Carcassonne : deux policiers suspendus, cinq enquêtes en cours
Carcassonne : deux policiers suspendus, cinq enquêtes

Une semaine après la publication par Midi Libre de vidéos montrant des policiers municipaux de Carcassonne tenant des propos racistes, complotistes, homophobes et misogynes, la municipalité a suspendu deux des quatre agents impliqués, tandis que deux autres ont été sanctionnés en interne pour avoir signalé l'affaire. Le parquet de Carcassonne a ouvert une enquête distincte pour diffamation, et cinq enquêtes au total concernent désormais ce dossier.

Deux suspensions seulement sur quatre agents

Le 9 septembre, le nouveau maire RN de Carcassonne, Christophe Barthès, avait annoncé lors d'une conférence de presse : « Tous les protagonistes de cette affaire sont suspendus immédiatement et sanctionnés. » Or, sur les quatre policiers municipaux présents lors de la patrouille filmée en novembre 2025, seuls deux ont été suspendus. Les deux autres continuent de travailler. La mairie, qui refuse de s'exprimer auprès de Midi Libre, n'a pas pris de mesure conservatoire à leur encontre.

La procureure de Carcassonne, Géraldine Labialle, justifie cette décision : « Les suspensions doivent être motivées en droit et en fait ; d'autant plus lorsque l'on fait usage de la procédure de l'urgence. Je n'ai donc suspendu que deux agréments, ceux des agents audibles sur la bande-son. L'inspection au plus long cours permettra de prendre d'autres décisions si nécessaire. »

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Parmi les suspendus figure César R., ancien militaire, brigadier-chef qui dirigeait la brigade lorsqu'il a oublié d'éteindre sa caméra piéton. Selon les constatations de Midi Libre, il tenait 90 % des propos xénophobes. Il a également été exclu du Rassemblement national le 9 septembre, alors qu'il était adhérent et bénévole au service d'ordre du parti, escortant notamment Jordan Bardella. Le second policier suspendu est celui qui a fait une blague raciste sur les migrants, citant « Kirikou » après qu'un automobiliste a signalé avoir percuté un animal.

Deux lanceurs d'alerte sanctionnés en interne

La mairie de Carcassonne a également suspendu à titre conservatoire deux policiers municipaux. Leur tort : avoir eu connaissance de l'existence des vidéos en novembre 2025, avoir conservé la caméra piéton et avoir remonté l'information à la hiérarchie. « Ce sont des lanceurs d'alerte et ils sont sanctionnés ! », déplore un employé municipal. Les deux agents ont saisi des avocats, dont l'un n'a pas souhaité commenter à ce stade.

Un troisième agent est en arrêt maladie après avoir été muté soudainement à un poste de faction devant la municipalité.

Une affaire politique et cinq enquêtes

L'affaire a pris une tournure politique. La nouvelle mairie rejette la faute sur l'ancienne, qui affirme avoir ouvert une enquête administrative début 2026. En réalité, la direction générale des services avait alerté la précédente équipe municipale, sans qu'aucune sanction ne soit prise. Un courrier interne a également signalé la situation à Christophe Barthès dès avril, concernant « l'affaire des caméras » et le cas de César R. Un député RN du département aurait aussi été prévenu précocement.

Cinq enquêtes sont désormais ouvertes. Deux sont pénales : la première, la plus ancienne, a démarré après que César R. a déposé plainte pour « atteinte à la vie privée », entraînant la saisie des enregistrements le 8 janvier 2026. Depuis le 8 septembre, les auditions ont repris. La défense de César R. conteste le caractère privé des conversations tenues dans le cadre du travail. La seconde enquête, ouverte en préliminaire par le parquet de Carcassonne, vise des propos racistes ou injurieux envers le Président de la République et Brigitte Macron, extraits des vidéos. SOS Racisme a déposé plainte.

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Par ailleurs, le ministre de l'Intérieur Laurent Nunez a demandé deux enquêtes : une de l'inspection générale de l'administration pour la police municipale, et une de l'inspection générale de la gendarmerie pour comprendre pourquoi rien ne s'est passé entre janvier et septembre. Enfin, l'enquête administrative diligentée par l'ancienne mairie a été rendue le 19 mai, sans déterminer qui a dit quoi sur les images. Le conseiller d'opposition Alix Soler-Alcaraz (PS) a demandé une copie à la mairie, « sans réponse pour le moment », et défend les policiers municipaux « qui reçoivent des centaines d'appels insultants… Ils sont dépités. »