Canicule : saturation des pompes funèbres à Paris et en Île-de-France
Canicule : saturation des pompes funèbres à Paris

Alors que le mercure commence enfin à redescendre après un épisode caniculaire étouffant, l'heure est aux premiers bilans. Si le pic de chaleur s'éloigne, la pression, elle, se déplace. En première ligne ces derniers jours, les services de soins ne sont plus les seuls à saturer : les pompes funèbres font face à un afflux important de défunts, particulièrement à Paris et en Île-de-France.

109 morts en 24 heures à Paris

Vendredi dernier, alors que le thermomètre flirtait avec les 39 °C dans la capitale, le Samu a enregistré un chiffre noir : 109 personnes sont mortes en l'espace de 24 heures, contre seulement sept en moyenne à cette période de l'année, selon France Info. Conséquence : dès samedi matin, les deux funérariums de Paris intra-muros, aux Batignolles et à Ménilmontant, ont dû afficher complet.

Saturation localisée mais extension rapide

« Les difficultés se sont beaucoup concentrées sur Paris, l'Île-de-France et le Centre-Val-de-Loire, et ce dès le tout début du week-end », explique à 20 Minutes Élisabeth Charrier, déléguée générale de la Fédération nationale du funéraire (FNF). Pour éviter le blocage, les professionnels ont dû improviser : « Ce qu'on ne pouvait pas faire sur Paris, on l'a fait en petite couronne. La petite couronne a été reportée sur la grande couronne et la grande couronne un peu au-delà de la région parisienne. »

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Une saturation très localisée qui contraste avec la quasi-totalité de l'Hexagone, du moins dans un premier temps. Car si le Sud-Ouest, habitué aux étés très chauds, garde la tête hors de l'eau, avec une activité jugée « normale » par Prévifrance Funéraires à Toulouse ou Roc Eclerc à Bordeaux, la situation a rapidement évolué ailleurs. « Sur les autres régions du territoire, c'est resté assez calme jusqu'à dimanche. Et puis, on a vu dimanche soir la zone de Nantes, par exemple, nous prévenir que les infrastructures hospitalières, les chambres mortuaires et donc les chambres funéraires derrière, arrivaient elles aussi à saturation », explique Élisabeth Charrier. Un constat partagé sur le terrain par le groupe Funecap, qui évoque une « demande plus soutenue » face à un « pic de mortalités » sur le secteur nantais. Lundi après-midi, Rouen et Valenciennes rejoignaient la liste des zones « en difficulté ». En tout, selon la FNF, le taux d'occupation des funérariums dépassait lundi 66 % au niveau national et a atteint 100 % sur certaines zones urbaines denses comme Paris ou Nantes.

Un secteur mieux préparé qu'en 2003

Le secteur affirme pourtant être mieux armé qu'en 2003, le nombre de chambres funéraires en France étant passé de 2.500 à près de 4.000, selon la FNF. Mais la véritable difficulté en cette période risque d'être administrative. « La chaîne d'acteurs après un décès est multiple », rappelle la déléguée générale. « Il faut trouver un créneau pour la crémation ou l'inhumation. Si la mairie ne délivre pas une dérogation aux horaires d'ouverture [des crématoriums] pour pouvoir augmenter le nombre de crémations journalières, on va vite se retrouver avec des délais d'attente importants. »

Et l'attente n'est pas un luxe aujourd'hui en France. Selon les données du 28 juin de Santé publique France, plus de 1.000 décès supplémentaires ont été recensés depuis le 23 juin. À cela s'ajoute une hausse dramatique de près de 40 % des décès à domicile, touchant principalement les personnes isolées, selon le ministère de la Santé.

L'angoisse de « l'effet retard » et du manque de personnel

Si le reflux des températures amorcé ce week-end offre un répit thermique, le plus dur est peut-être à venir pour les organismes. Les autorités sanitaires redoutent désormais ce qu'ils appellent « l'effet retard » de la canicule sur les organismes épuisés. Déshydratations, décompensations de maladies chroniques… Les effets des chaleurs extrêmes peuvent agir en décalé chez les plus fragiles ou les plus jeunes. Selon l'institution, la canicule « provoque des atteintes cardiovasculaires, respiratoires, rénales ou encore psychiatriques avec un effet pouvant perdurer dans les 3 à 10 jours suivant l'exposition » et « pouvant parfois conduire au décès », rappelle le bulletin de Santé publique France de février 2026.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Les professionnels du funéraire s'attendent donc à devoir tenir sur la durée face à ces décès « en décalé » et aux prochaines vagues de chaleur tout en gérant une difficulté supplémentaire sur cette période : la saison estivale. « On peut se retrouver avec une baisse de personnel disponible qui pourrait poser difficulté », anticipe déjà Élisabeth Charrier. « Comme c'est l'été, on aura moins de médecins pour faire les certificats de décès, moins d'infirmiers, et on aura moins d'infrastructures hospitalières car il y aura moins de monde. »