Braqueur nîmois arrêté en Espagne après 26 ans de cavale
Braqueur nîmois arrêté en Espagne après 26 ans de cavale

Le 24 juin 2026, à Arahal, en Andalousie, les policiers de la Brigade nationale de recherche des fugitifs (BNRF) et leurs homologues espagnols ont mis fin à l'une des plus longues cavales de l'histoire judiciaire française. Dominique Delattre, 64 ans, était recherché depuis son évasion de la maison d'arrêt de Nîmes le 25 août 2000. Il avait été condamné par défaut à vingt ans de réclusion pour un braquage sanglant commis en 1997 à Vendargues, près de Montpellier.

Un braquage qui a mal tourné

Le 3 octobre 1997, Dominique Delattre et deux complices attaquent des convoyeurs de fonds devant une agence bancaire à Vendargues. L'un des complices ouvre le feu : un employé est grièvement blessé aux jambes par plusieurs balles de calibre 11.43. L'équipe prend la fuite, mais un des malfaiteurs perd le contrôle de sa voiture, fait plusieurs tonneaux et meurt d'une hémorragie interne. Son corps n'est retrouvé que plusieurs jours plus tard. Delattre et son autre complice sont arrêtés et incarcérés à Nîmes.

Selon le commandant Christian Florès, ancien de la PJ de Montpellier, Delattre faisait partie de l'équipe des frères Ségura, spécialisée dans les braquages. Il aurait dévalisé une cinquantaine de banques dans le Sud, y compris celle où il possédait son propre compte. Arrêté, il profitait de ses permissions de sortie pour commettre de nouveaux braquages.

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L'évasion spectaculaire

Le 25 août 2000, des complices déguisés en peintres installent des échelles contre les murs de la prison de Nîmes et lancent des cordes. Delattre et un autre détenu s'en emparent et s'évadent sous les tirs des gardiens. Le complice est repris quatre ans plus tard aux Lilas, mais Delattre disparaît. Pendant 26 ans, il reste introuvable.

Le commissaire Guillaume Lacassin, chef de la BNRF, raconte : « C'était le plus vieux dossier de ma brigade, on avait été saisi le 16 mars 2005 par le parquet de Montpellier, et pendant plus de 20 ans, des policiers ont travaillé pour le retrouver. Cela montre bien que quand on est en cavale, on ne peut jamais être tranquille. »

Une traque de longue haleine

Les enquêteurs suspectent rapidement que Delattre se cache en Espagne, près de Séville. Mais il leur manque des preuves pour agir. La surveillance de son environnement familial et amical, notamment lors d'anniversaires, permet d'affiner les connaissances sur ses proches. En février 2016, Delattre figure sur la liste des malfaiteurs les plus recherchés d'Europol, aux côtés de Salah Abdeslam. Cette inscription vise à réactiver les signalements et à éviter l'oubli.

« Cela nous a permis courant 2024-2025 de mettre en place un cycle de coopération avec nos homologues espagnols de l'UDYCO. Toutes les brigades des fugitifs travaillent en réseau au sein d'Europol, c'est très fluide », explique le commissaire Lacassin.

L'arrestation en Andalousie

Les données exploitées par les policiers espagnols les conduisent vers Arahal, à 1350 kilomètres de Nîmes. Des surveillances physiques sont mises en place, malgré la difficulté de ne disposer que de photos anciennes. Le 24 juin, ils repèrent un individu qui pourrait correspondre, parlant espagnol avec un fort accent français. Au moment de son arrestation, il ne possède aucun document d'identité. Mais les vérifications lèvent rapidement le doute : c'est bien Dominique Delattre.

Il travaillait dans un restaurant sous l'identité d'un Français décédé et avait refait sa vie avec un compagnon qui ignorait tout de son passé. Interrogé, Delattre a déclaré avoir cessé toute activité criminelle pendant sa cavale. « La vie de fugitif est psychologiquement très éprouvante, et il nous l'a confié quand il a été arrêté : il s'est senti soulagé », rapporte le commissaire Lacassin.

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Un retour en France pour un nouveau procès

Dominique Delattre a été incarcéré en Espagne en attendant son extradition vers la France. Il devrait être rejugé devant la cour d'assises de l'Hérault, sa condamnation par défaut de 2001 étant annulée par sa présence. Le commissaire Lacassin conclut : « Une arrestation comme ça, c'est un moment rare dans une carrière. On a la chance de mettre un point final au travail de toute une génération de policiers. C'est une authentique fierté d'avoir pu aller jusqu'au bout de l'action, et de pouvoir enfin refermer le dossier. »