Les banquets du Canon français, financés par le milliardaire d'extrême droite Pierre-Edouard Stérin, sont au cœur d'une vive polémique. Ces rassemblements, qui attirent des milliers de convives autour de cochons et de vin rouge pour « valoriser le terroir et le patrimoine », suscitent des accusations de dérives racistes.
Le ministre de l'Intérieur condamne les insultes
Mercredi, le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, a dénoncé les insultes « abjectes » reçues par la maire socialiste de Quimper, Isabelle Assih, depuis qu'elle a refusé d'accueillir un banquet du Canon français dans sa ville. Cette décision fait suite à des propos racistes signalés lors d'un banquet à Caen.
Le parquet de Caen a ouvert une enquête pour « propos et comportements racistes, haineux et sexistes », selon Ouest-France, après des signalements effectués par des élus de gauche concernant notamment des saluts nazis effectués par certains participants le 18 avril.
Position du gouvernement
Laurent Nuñez, s'exprimant au Sénat lors des questions au gouvernement, a affirmé qu'en l'état, les préfets ne peuvent pas interdire ces banquets du Canon français, organisation notamment financée par le milliardaire ultraconservateur Pierre-Edouard Stérin. « Il n'y a pas de risques de troubles à l'ordre public quand il y a ce type de manifestation, qu'on aime ou qu'on n'aime pas », a déclaré le ministre. Il a ajouté : « Nous y sommes quand même vigilants parce qu'il y a aussi des contre-manifestations qui s'organisent et on veille à ce qu'il n'y ait pas d'affrontements. »
Le ministre a assuré qu'il regarderait « de très, très près » les signalements « qui interrogent » par leur caractère raciste et qui ont été reçus « en masse » après le banquet organisé à Caen.
Réaction des organisateurs
Pierre-Alexandre de Boisse, co-fondateur du Canon français, a réagi aux accusations. Selon lui, les faits signalés par la députée européenne LFI Emma Fourreau, « s'ils ont réellement eu lieu, se sont déroulés des heures après notre banquet et à plusieurs kilomètres et ne peuvent pas nous être imputés ». Il a assuré qu'aucun incident n'avait été signalé pendant le banquet à Caen et qu'« il n'y a pas de message politique » dans les événements organisés. « On a créé le Canon français il y a cinq ans, bien avant que M. Stérin n'y investisse », a-t-il affirmé.
Accusations de racisme
Les banquets du Canon français, qui attirent des milliers de convives autour de cochons et de vin rouge pour « valoriser le terroir et le patrimoine », sont accusés par leurs détracteurs de véhiculer des idées racistes derrière une vitrine patriotique et franchouillarde.
Plainte de la maire de Quimper
La maire socialiste de Quimper, Isabelle Assih, a expliqué que c'était à la suite des « troubles » signalés à Caen qu'elle avait demandé de « suspendre la tenue » du banquet programmé début décembre au parc des expositions de Quimper. « Depuis cette décision, une vague de propos injurieux, haineux, parfois racistes, ainsi que des menaces personnelles, s'est déployée sur les réseaux sociaux, me visant directement comme Maire/Présidente ainsi que mon époux », a-t-elle écrit sur Facebook. Elle a annoncé qu'elle allait déposer plainte.
Pierre-Alexandre de Boisse a exprimé sa compassion : « Je compatis, on comprend tout à fait ce qu'elle peut subir », tout en affirmant que le Canon français subit lui-même ce type de cyberharcèlement.
Soutiens à la maire
Isabelle Assih a reçu le soutien du préfet du Finistère, Louis Le Franc, qui a affirmé qu'« aucune divergence d'appréciation ne saurait justifier l'injure, l'intimidation, la menace ou les propos à caractère discriminatoire à l'encontre d'un élu de la République ». Le président socialiste de la Région Bretagne, Loïg Chesnais-Girard, et le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, ont également condamné la « campagne de haine » dont elle est victime.



