Chaque premier samedi du mois, un groupe de rescapés d'attentats se réunit dans un café parisien. Ici, pas de thérapie imposée, juste une soif de se dire « je suis vivant ». Créé en 2016 par des survivants du Bataclan, ce rendez-vous informel attire une trentaine de participants à chaque séance.
Un lieu de parole libre
« Ici, les gens ont envie de se dire les uns aux autres : je suis vivant », confie Sarah, 34 ans, rescapée de l'attentat du 13 novembre 2015. Le groupe, baptisé « Les Rendez-vous des rescapés », s'est formé spontanément. « On avait besoin de se retrouver entre personnes qui comprennent sans expliquer », ajoute-t-elle. Les échanges sont libres, sans animateur ni programme. Certains viennent pour écouter, d'autres pour raconter leur parcours.
Selon une étude de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), environ 30 % des personnes exposées à un attentat développent un trouble de stress post-traumatique (TSPT). Pour beaucoup, ces rencontres sont une bouée de sauvetage. « J'ai mis deux ans avant d'oser venir. La première fois, j'ai juste pleuré. Maintenant, je parle », témoigne Marc, 45 ans, rescapé de l'attentat de Nice.
Un rituel qui sauve
Le rendez-vous dure environ deux heures. On y parle de tout sauf des faits précis de l'attentat. « On se concentre sur l'après, sur comment on reconstruit sa vie », explique Sarah. Des liens se tissent, des amitiés naissent. « On se retrouve parfois en dehors, pour un verre ou une balade », ajoute-t-elle. Le groupe s'est élargi aux rescapés d'autres attaques, comme celles de Charlie Hebdo ou de l'Hyper Cacher.
L'initiative a essaimé à Lyon et Marseille, où des groupes similaires se sont créés. « Le besoin est immense », constate le psychiatre Jean-Pierre Bouchard, spécialiste du traumatisme. « Ces rencontres permettent de briser l'isolement et de restaurer un sentiment d'appartenance », précise-t-il.
Un impact mesurable
Une enquête menée par l'association Life for Paris, qui regroupe des rescapés du 13 novembre, indique que 65 % des participants à ces rencontres estiment que leur état psychologique s'est amélioré. « C'est un chiffre encourageant », souligne la présidente de l'association, Caroline Lang. « Mais il faut rester prudent : la guérison n'est jamais linéaire. »
Les Rendez-vous des rescapés sont devenus un modèle pour d'autres pays, comme la Belgique et le Royaume-Uni, qui réfléchissent à importer le concept. « Ce qui fait la force de ce groupe, c'est son absence de cadre », analyse le sociologue Michel Wieviorka. « Les participants s'y sentent libres de parler ou de se taire, sans pression. »
Pour beaucoup, ce rendez-vous mensuel est un pas vers la résilience. « Je ne guérirai peut-être jamais complètement, mais ici, je me sens moins seul », conclut Marc. Une phrase qui résonne comme un écho à celle de Sarah : « On se dit simplement : je suis vivant, et c'est déjà énorme. »



