Ardèche : un an après un saut mortel, les ados défient toujours les interdictions
Ardèche : un an après un saut mortel, les ados défient toujours les interdictions

Un an après un plongeon mortel dans l’Ardèche depuis les falaises d’Aiguèze, les pouvoirs publics restent mobilisés pour prévenir de tels drames. Ce qui n’empêche pas touristes et locaux en quête d’adrénaline de continuer leurs sauts.

Un décor de carte postale et des sauts vertigineux

Un thermomètre qui dépasse les 37 °C, une vigilance orange face au risque de canicule, un jour férié… Tous les ingrédients étaient réunis en cet après-midi de juillet pour qu’affluent en nombre touristes et locaux sur la plage du Grain de Sel, au bord de l’Ardèche. Elise et Virginie, deux amies en vacances, ont posé leurs serviettes à l’ombre et jettent, à intervalles réguliers, des coups d’œil de l’autre côté de la rivière. Là où leurs trois enfants, aux côtés d’autres ados et jeunes adultes, multiplient les sauts depuis une petite paroi de calcaire. "C’est un endroit fabuleux avec différents niveaux de sauts. S’il n’y avait pas ça, on ne serait pas là, cela perdrait de son charme", indiquent les deux femmes venues de la région parisienne. Ce qui ne les empêche pas de reconnaître que certaines pratiques peuvent s’avérer "dangereuses comme ceux qui sautent là où il y a des rochers ou qui gravissent les falaises en face".

Des arrêtés municipaux et des panneaux d’interdiction

En face, en effet, d’impressionnantes falaises sont chaque année le théâtre de plongeons vertigineux et parfois… dramatiques. Ce fut le cas l’an dernier lorsque, fin juin, un adolescent originaire de Saint-Julien-de-Peyrolas s’était tué après un saut d’une hauteur d’une douzaine de mètres. Et pourtant, "depuis des années, nous avons pris des arrêtés municipaux interdisant le plongeon", rappelle Charles Bascle, maire d’Aiguèze, commune où sont situées ces falaises. Et de faire remarquer que des panneaux répartis sur la rive droite rappellent cette interdiction. Par ailleurs, la police municipale est régulièrement sur place pour faire de la prévention, appuyée par des passages réguliers de la gendarmerie nationale. Une prévention coordonnée par les édiles d’Aiguèze et de Saint-Martin-d’Ardèche car si les imprudents sautent côté Gard, ils finissent par sortir de l’eau en Ardèche.

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La prévention et la verbalisation

"On leur rappelle la réglementation, que certains plongeons peuvent être mortels. C’est récurrent aussi que certains se fassent mal. On incite aussi les gens à ne pas les encourager car certains les applaudissent de l’autre côté", indique Véronique Tiffon, policière municipale à Aiguèze. Et si cette dernière a la possibilité de verbaliser les plongeurs, elle confie que l’amende de 35 € "est trop dérisoire par rapport à une vie". À la suite du drame de l’an dernier, "il y a peut-être un peu moins de jeunes du coin qui sautent mais on n’est pas à l’abri d’une récidive donc il faut continuer la prévention", indique le maire ardéchois, Daniel Archambault.

Des témoignages de jeunes intrépides

Émergeant des eaux claires de la rivière, Ethan et Mehdi s’ébrouent les cheveux, tout en récupérant leurs casques de moto. Les adolescents de 16 ans sont "d’ici" et connaissaient très bien le jeune qui s’est tué l’an dernier. "Ça calme, raconte le premier qui dit d’ailleurs être son cousin. L’année dernière, ça m’a stoppé. Je saute de nouveau cette année mais de moins haut". Ce n’est pas le cas de son ami qui assure continuer à plonger depuis les vertigineuses falaises. "C’est pour l’adrénaline, confie-t-il, intrépide, c’est un jeu un peu risqué mais c’est ça qu’on aime". "Il faut toujours rester conscient des risques qu’il peut y avoir derrière mais si dans la vie on s’arrête à ce qui nous bloque on ne fait plus rien", conclut Ethan qui a bien prévu de venir sur le site chaque après-midi.

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Les maîtres nageurs impuissants

Dans ce décor de carte postale, les premiers témoins de ces comportements sont les maîtres nageurs présents tout au long de la saison estivale. "Malheureusement on ne peut rien faire", reconnaît l’un d’eux, Thierry. Justement l’avant-veille, il est intervenu "alors qu’une jeune fille, en sautant, est tombée sur sa copine". Résultat : un traumatisme crânien pris en charge par les pompiers. Même sans grimper en haut des falaises, les sauts de quelques mètres peuvent comporter des dangers. "C’est noir de monde là-bas, ils se sautent dessus et il y a ceux qui savent à peine nager", ajoute le professionnel. Preuve, s’il en fallait une supplémentaire, que "l’Ardèche est un beau terrain de jeu mais avec des risques", comme le répète à l’envi le maire de Saint-Martin-d’Ardèche.