Antoinette Martinez souffle 100 bougies : un siècle de vie alésienne
Ce jeudi 12 février, Antoinette Martinez, affectueusement surnommée Tata gâteau par ses proches, célèbre son centième anniversaire. Depuis sa chambre à l'Ehpad Clair Logis, elle évoque avec émotion sa longue vie passée essentiellement à Alès, entre souvenirs joyeux, épreuves historiques et passions personnelles.
Les racines alésiennes d'une famille espagnole
Née à Alès, Antoinette Martinez y a grandi, travaillé et vieilli. Ses parents, Pedro et Ana, originaires d'Almeria en Andalousie, s'installent dans la Grand-Rue d'Alès en 1921, fuyant la misère espagnole. "Ha, ce vieil Alès, c'était convivial. D'une cuisine à l'autre, on se parlait, j'allais parfois manger chez la voisine. C'était une enfance heureuse, oh oui", se souvient-elle avec nostalgie.
Son père a exercé divers métiers : planteur de poteaux EDF en Lozère, géomètre à la mine, puis employé à la Brasserie des Cévennes. Antoinette évoque notamment ce père partant à vélo acheter un demi-cochon pour préparer de la charcuterie espagnole familiale.
Les marques indélébiles de la Seconde Guerre mondiale
À 13 ans, Antoinette vit le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. Un souvenir particulièrement douloureux resurgit : "J'avais un voisin cordonnier, un monsieur sympathique. J'ai vu les Allemands venir le chercher dans son magasin pour le jeter dans le puits de Celas. J'ai toujours le souvenir de cet homme avec qui je parlais tous les jours", confie-t-elle d'une voix tremblante.
Elle se rappelle également des actions de résistance de son frère Jean, qui cachait des armes dans la cave familiale, mettant toute la famille en danger. Une primo-infection pulmonaire l'envoie au sanatorium de Concoules, où elle rencontre Manuel, son futur mari et père de leur fils Jean.
Une vie professionnelle et familiale riche
Formée en sténodactylo à l'école Pigier d'Alès, Antoinette travaille un an chez EDF, où elle subit des discriminations politiques : "Le chef du personnel ne pouvait pas me voir parce qu'il était communiste et que je n'avais pas la carte du parti !"
Le couple acquiert un terrain à Clavières et fait construire une maison en 1957, "une belle maison où j'ai gardé mes parents auprès de moi". Mais l'émotion l'étreint lorsqu'elle évoque son fils Jean, décédé en 2021 à 64 ans de la maladie de Charcot : "Je l'ai vu partir petit à petit, c'est terrible ! Mais il a été courageux".
La pâtisserie comme thérapie et héritage
La passion de la pâtisserie illumine Antoinette Martinez et lui vaut son surnom. "Ah, le mille-feuille, je faisais tout. Quel boulot", s'exclame-t-elle. Son père, ayant travaillé pour Astra, lui a transmis la recette des croissants.
Elle préparait des spécialités espagnoles comme les mantecaos et rosquillos, mais aussi des bûches pour cinquante personnes : "Je faisais tout ça pour partager !" Cette activité s'ajoutait à son engagement bénévole dans diverses associations.
Un siècle de vie sobrement contemplé
Alors qu'elle célèbre ses 100 ans, Antoinette Martinez résume sa vie : "J'ai été heureuse, mais pas jusqu'à 100 ans. À partir du moment où mon fils a été déclaré malade, ça a été dur…" Un témoignage poignant d'une femme ayant traversé le siècle avec résilience, gardant intacte la mémoire d'Alès et de ses proches.



