Une cellule pionnière contre la fraude sociale dans les Alpes-Maritimes
Dans les Alpes-Maritimes, la gendarmerie nationale a mis en place une stratégie innovante pour combattre la fraude aux prestations sociales. Sous la direction du colonel Benoît Taponat, commandant du groupement de gendarmerie départemental, une cellule départementale de ciblage a été créée l'été dernier avec un objectif clair : « Aller taper au portefeuille des délinquants ».
Trente fraudeurs identifiés en six mois
En l'espace de six mois seulement, cette unité spécialisée a déjà identifié trente délinquants suspectés de fraude aux allocations sociales. Ces cas ont été découverts au détour d'enquêtes pénales, principalement liées au narcotrafic. Les montants en jeu sont significatifs : certains dossiers concernent quelques milliers d'euros, tandis que d'autres atteignent des sommes bien plus importantes.
Le dispositif fonctionne grâce à une collaboration étroite entre différents acteurs. Des gendarmes spécialisés dans le judiciaire travaillent main dans la main avec la cellule renseignement, croisant leurs analyses et recoupant les procès-verbaux. Ils échangent également régulièrement avec leurs partenaires administratifs : CAF, DDFIP, Urssaf et offices HLM.
Des exemples frappants de fraude
Les cas découverts par la cellule illustrent l'ampleur du phénomène. Un trafiquant de stupéfiants de Carros, incarcéré cet automne comme chef de file d'un réseau, avait tiré 380 000 euros de son activité criminelle. Sa compagne percevait quant à elle l'allocation parents isolés depuis des années, tout en étant en couple.
Un autre exemple concerne un autoentrepreneur du narcotrafic qui vivait chez ses parents et travaillait par ailleurs. Il touchait 550 euros de RSA par mois tandis que les enquêteurs ont saisi 147 000 euros sur ses comptes, directement liés au trafic de drogue.
Coopération renforcée avec les administrations
Le 30 juin dernier, une convention a été signée entre la Caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes, les parquets de Nice et Grasse, la police et la gendarmerie. Cette collaboration permet de suspendre les allocations versées indûment et d'en exiger le remboursement, comme le prévoit le Code de la sécurité sociale.
Jean-Paul Catanese, directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes, souligne l'importance de cette coopération accrue : « Nous avons mis en place des points de coopération et d'échange de renseignements avec la CAF, les Urssaf, la justice, la police, la gendarmerie, les douanes... »
Des résultats concrets et croissants
Début mars, les trente présumés fraudeurs signalés par la gendarmerie se répartissaient ainsi : 22 liés au narcotrafic, 4 pour atteintes aux biens, 2 pour blanchiment et 2 pour escroquerie. Le montant total des revenus criminels non déclarés à la CAF et aux impôts dépasse 1,8 million d'euros.
Les régularisations engagées donnent déjà des résultats tangibles. Au 31 décembre, on comptait 33 520 euros de droits trop perçus régularisés et 12 405 euros de pénalités sur les premiers dossiers traités. Côté fiscal, deux dossiers de régularisation ont initié 233 931 euros de droits et pénalités.
Un modèle qui pourrait s'étendre
Le colonel Taponat qualifie ce dispositif de « assez pionnier » et l'a déjà partagé avec plusieurs homologues dans d'autres départements. Le procureur de la République de Nice, Damien Martinelli, a estimé lors de l'audience solennelle de rentrée du tribunal judiciaire fin janvier que cette initiative était « très prometteuse ».
Pour le commandant des gendarmes azuréens, l'enjeu dépasse les simples chiffres : « La solidarité, c'est l'un des piliers de notre système français. Ainsi, on assèche des délinquants, et on fait quelque chose qui a beaucoup de sens pour la cohérence de l'action publique. »
Un projet de loi national rejeté
Malgré le succès de cette expérimentation locale, un amendement visant à étendre ce dispositif à l'échelle nationale a été rejeté par l'Assemblée nationale le 31 mars. La députée LR des Alpes-Maritimes, Alexandra Martin, qui portait cette proposition, exprime son dépit : « Le rejet de ces amendements est regrettable. Il traduit un refus de franchir une étape supplémentaire dans la lutte contre les fraudes sociales liées à des activités criminelles. »
Le ministre du Travail et le rapporteur de la loi ont émis un avis négatif, suivi par Renaissance et la gauche. LFI s'est montré particulièrement virulent dans son opposition, selon la députée.
Malgré ce revers parlementaire, la cellule départementale de ciblage continue son travail dans les Alpes-Maritimes. Le colonel Taponat prévient : « Ces chiffres vont mécaniquement augmenter », promettant une intensification de la lutte contre la fraude sociale dans le département.



