L'association nationale de la police judiciaire (ANPJ) a publié, lundi 10 août, un communiqué particulièrement virulent à l'encontre de Gérald Darmanin, actuel ministre de la Justice, l'accusant d'« hypocrisie » et de « trahison » après l'envoi d'un rapport critique sur le fonctionnement des services de police à Laurent Nunez, ministre de l'Intérieur. Ce rapport, rédigé dans le sillage de l'affaire Lyhanna, pointe notamment l'existence de 1 275 « procédures fantômes » recensées à Nîmes, soit des enquêtes non traitées par la police ou la gendarmerie.
Un communiqué au vitriol contre l'ancien ministre de l'Intérieur
Dans son communiqué, l'ANPJ fustige « l'hypocrisie et la trahison de l'ex-ministre de l'Intérieur, véritable Docteur Darmanin et Mister Gérald ». L'association, créée après la réforme contestée de la police judiciaire pilotée par Gérald Darmanin, rappelle que ce dernier a passé près de quatre ans au ministère de l'Intérieur avant de devenir Garde des Sceaux en décembre 2024. Selon l'ANPJ, c'est « son propre bilan de ministre de l'Intérieur que l'actuel ministre de la justice torpille aujourd'hui ».
Le rapport envoyé par Gérald Darmanin à Laurent Nunez synthétise les rapports des procureurs généraux sur le traitement des enquêtes relatives aux violences sexuelles sur mineurs, établis après la mort de Lyhanna, cette fillette de 11 ans violée et tuée dans le Gers par un suspect déjà visé par plusieurs plaintes sans suite. Le texte pointe également le manque de formation et de motivation des enquêteurs, submergés par leur charge de travail.
« Mister Gérald » et la réorganisation de la police
L'ANPJ rappelle les mises en garde répétées sur l'asphyxie de la filière d'investigation en France. En 2021, lors du Beauvau de la Sécurité, « Mister Gérald » était aux commandes de la réorganisation de la Sécurité publique, avec pour consigne « plus de bleu » sur le terrain. En 2024, il a mené la réforme de la gouvernance de la police nationale, qui n'a « pas permis de venir en aide aux services d'investigations chargés de la petite et moyenne délinquance » et a « considérablement affaibli l'ex police judiciaire ».
L'association souligne également qu'un rapport d'évaluation des procédures dressé en 2024 décrivait déjà « l'état d'asphyxie de l'ensemble de la chaîne pénale, laquelle comptabilisait plus de trois millions de procédures non traitées ». Ce rapport alertait notamment sur le non-traitement des viols et agressions sexuelles sur mineurs, un contentieux pourtant prioritaire.
La réponse de Gérald Darmanin
Gérald Darmanin a répondu aux critiques dimanche 9 août sur X, en publiant une note de synthèse du courrier adressé à Laurent Nunez et en défendant son bilan. « Chacun doit améliorer son process de travail, à la justice comme dans les forces de l'ordre, en regardant la réalité en face. La protection des enfants est en jeu », a-t-il écrit. Il a également ironisé sur le fait que ses détracteurs commentent « un courrier qu'on n'a pas vu ».
Des solutions proposées par l'ANPJ
Pour l'ANPJ, une « véritable réforme de fond » est nécessaire. Elle propose la création d'une « direction générale de la police judiciaire renforcée en effectifs » et s'appuyant sur « un véritable service de renseignement criminel opérationnel ». L'association estime que « ne pas vouloir améliorer le service public de la justice, et donc des services d'enquête, n'est pas à la hauteur de la lutte contre les violences sexuelles faites aux enfants ».
Cette affaire intervient dans un contexte tendu, alors que plusieurs affaires de violences sexuelles sur mineurs ont mis en lumière les défaillances du système judiciaire. Après la mort de Lyhanna, des magistrats de Montpellier ont également publié une motion au vitriol dénonçant « l'aveuglement persistant du ministère de la Justice » et le « discrédit » qui en découle. Le procureur de Béziers a, de son côté, créé une section spéciale pour traiter les 600 enquêtes pour violences sexuelles sur mineurs en cours dans son ressort.



