Malgré l'interdiction préfectorale, près de 650 personnes ont défilé dans les rues d'Alès samedi 24 octobre 2026, dénonçant une intolérable restriction de liberté et exprimant leur volonté d'être enfin entendues. Le cortège, parti de la place des Martyrs-de-la-Résistance, s'est achevé dans le calme sur le parvis de la mairie.
Une mobilisation au-delà des clivages
Dès 14 heures, les pancartes fleurissent sur le parvis de la place des Martyrs-de-la-Résistance. Lycéens et retraités, fonctionnaires ou chômeurs, politisés ou non, la foule se forme malgré l'interdiction de manifester dans un périmètre défini par la préfecture. Au plus fort du mouvement, près de 650 personnes prennent la direction du centre-ville.
Corine, 70 ans, au pied de la Maréchale, détaille son engagement : « tout a commencé quand ils ont commencé à bousiller des gosses. Moi aussi j'ai manifesté, contre la loi Devaquet, mais là on a un État policier qui vient exploser le contrat social. Je suis là parce que manifester est un droit constitutionnel et que tout ce discours sécuritaire est là, en fait, pour nous retirer notre liberté de citoyen. »
Des revendications multiples : climat, justice sociale, services publics
À ses côtés, Carol, du Collet de Dèze, priorise les revendications : « le plus important c'est le climat, si on ne se grouille pas, on sera tous mort… Et puis des interdictions, j'en ai bravé mais là… Ils ont même interdit la fête de la soupe à Florac, il faut vraiment que ces gens aillent se reposer… »
Fabien, 55 ans, éclaire ce discours de la dette qui vient grever les marges d'action d'un gouvernement Lecornu aux abois. « Rembourser, oui, je veux bien mais pas pour que Daniel Kretinsky reçoive 240 000 € d'aides par jour pour la centrale de biomasse de Gardanne avec seulement 20 % de rentabilité… »
Alors que le cortège s'élance sur le boulevard Louis-Blanc et que des slogans hostiles à la police et aux fascistes se font entendre, Stéphanie et son fils de 9 ans défilent en milieu de cortège. « Nous sommes là parce que c'est un droit de manifester. Et c'est aussi pour lui que je le fais pour qu'il ait un jour le droit de le faire… Il faut maintenant que l'on écoute ce que l'on a à dire. »
Un parcours sous tension mais sans heurt
Arrivé face au pont neuf, le mouvement s'immobilise un temps devant une discrète présence policière et des automobilistes qui ne forcent en rien le cortège. En remontant le boulevard Gambetta puis le boulevard Quinet, alors que certains commerces demeurent ouverts tandis que d'autres ont le volet tiré selon les consignes d'un message des services de police évoquant de possibles débordements isolés, Natcha, 58 ans, fustige « le manque de moyens aux services publics, à l'éducation, aux hôpitaux… Tout cela a été massacré et il faudrait penser à une meilleure répartition des richesses. Je suis un peu dépitée parce que cela fait des années que je fais des manifestations… Mais je ne suis pas du genre à baisser la tête. »
Beryl, 20 ans, un des rares manifestants à porter le gilet jaune « comme un symbole de cette lutte », demande que « ce gouvernement écoute les gens et évite d'envoyer des gaz à tout va ! »
Un droit constitutionnel revendiqué jusqu'au bout
En fin de déambulation, devant une mairie protégée par un cordon de policiers, les slogans fusent tandis qu'une poignée d'individus masqués semble attendre le moment opportun, qui n'arrivera pas, pour mettre le bordel selon l'expression consacrée par le Premier ministre.
« Ça peut être une prise de risque mais je voulais être là car manifester est un droit constitutionnel. C'est insupportable de traiter la jeunesse de cette manière et de tenter d'étouffer le mouvement parce que l'on éborgne ou mutile. 8 000 jeunes en gardes à vue ! Ce n'est pas une manière de gérer en démocratie. Je suis aussi là pour la défendre cette démocratie », conclut Hélène.
Une multiplicité de revendications qui, mise bout à bout, dénonce l'incurie et le mépris des gouvernements successifs, depuis des années, formant le sel d'une colère qui s'est exprimée sans heurt ni violence.