34 membres d'un canal Telegram masculiniste convoqués par la justice
34 membres d'un canal Telegram masculiniste convoqués

Le parquet de Paris a annoncé, ce jeudi, la convocation de 34 membres d'un canal Telegram masculiniste devant la justice. Ils sont poursuivis pour des messages haineux envers les femmes, publiés sur ce canal privé. Cette action judiciaire, inédite en France, marque une étape importante dans la lutte contre la misogynie en ligne.

Une enquête approfondie

Selon les informations de Libération, l'enquête a été menée par l'Office central de lutte contre les crimes contre l'humanité, les génocides et les crimes de guerre (OCLCH), en collaboration avec la plateforme de signalement Pharos. Les investigations ont débuté en 2024 après le signalement de plusieurs associations féministes, dont le Collectif #NousToutes.

Les messages incriminés, publiés entre 2023 et 2025, appelaient notamment à la violence envers les femmes, à leur humiliation et à leur exclusion de l'espace public. Certains messages allaient jusqu'à encourager le viol et la torture. Les enquêteurs ont identifié les 34 membres grâce à leur adresse IP et à des recoupements techniques.

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Des profils variés

Les personnes convoquées, âgées de 18 à 55 ans, sont de profils variés. On trouve parmi eux des étudiants, des salariés du secteur privé, mais aussi des fonctionnaires et des militaires. Aucun n'était connu des services de police pour des faits de violence conjugale, mais plusieurs avaient déjà été signalés pour des propos haineux sur d'autres plateformes.

Le canal Telegram, intitulé "Masculinité et Liberté", comptait environ 2 500 abonnés. Il était modéré par un administrateur, âgé de 32 ans, qui est également convoqué. Selon le parquet, ce dernier aurait joué un rôle actif dans la diffusion des messages les plus extrêmes.

Une réponse judiciaire ferme

Cette convocation intervient dans un contexte de montée des violences sexistes et sexuelles en France. En 2025, les signalements pour cyberharcèlement ont augmenté de 30% par rapport à l'année précédente, selon le ministère de l'Intérieur. Les associations féministes saluent cette action, mais appellent à une vigilance accrue.

"C'est une victoire contre l'impunité. Pendant trop longtemps, ces hommes ont cru pouvoir se cacher derrière l'anonymat d'Internet pour propager leur haine. Aujourd'hui, la justice leur montre qu'ils sont responsables de leurs actes", a déclaré Me Julie Couturier, avocate du Collectif #NousToutes.

Les 34 membres seront jugés pour provocation à la haine envers les femmes, un délit passible de deux ans d'emprisonnement et de 45 000 euros d'amende. Les audiences se tiendront au tribunal correctionnel de Paris à partir du mois de septembre.

Un signal fort envoyé aux réseaux sociaux

Cette affaire envoie un signal fort aux plateformes numériques. La France a récemment renforcé sa législation avec la loi du 21 mai 2024 visant à sécuriser et à réguler l'espace numérique, qui impose aux réseaux sociaux de retirer les contenus haineux sous 24 heures. Telegram a d'ailleurs été condamné à plusieurs reprises pour non-coopération avec les autorités.

Le parquet de Paris a également indiqué que d'autres canaux similaires étaient dans le viseur des enquêteurs. "Nous poursuivrons ce travail de fourmi pour démanteler ces réseaux de haine en ligne. La liberté d'expression ne saurait être un prétexte pour inciter à la violence", a souligné le procureur de la République, Rémy Heitz.

Les 34 membres convoqués devront comparaître personnellement. En cas de non-présentation, un mandat d'arrêt pourrait être délivré. Cette procédure exceptionnelle montre la détermination de la justice à lutter contre la misogynie sous toutes ses formes.

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