Lakhdar Matoug, 53 ans, a été condamné vendredi à 27 années de réclusion criminelle par la cour d’assises de Paris pour le meurtre de sa femme, Assia. Après l’avoir tuée, il avait découpé son corps à la meuleuse et éparpillé les restes dans le parc parisien des Buttes-Chaumont. La peine est conforme aux réquisitions de l’avocat général, qui avait réclamé jeudi soir cette même durée.
Un procès marqué par le doute sur l'intention
Les deux avocats de la défense, Dominique Beyreuther et Gérard Tcholakian, n’ont pas réussi à convaincre le jury populaire de l’absence d’intention de tuer. « Le geste mortel, est-ce qu’il l’a souhaité, est-ce qu’il l’a voulu ? Non, c’était une asphyxie mécanique », a plaidé Beyreuther vendredi matin. « S’il y a une part de doute sur la notion d’intention, elle doit profiter à l’accusé », a renchéri Tcholakian.
Condamné pour meurtre, Lakhdar Matoug a toujours affirmé que la dispute avait dégénéré et qu’il avait étranglé son épouse en quelques secondes. Cependant, les légistes ont estimé que l’étranglement avait duré plusieurs minutes, contredisant sa version. Cinq jours d’audience n’ont pas permis d’éclairer pleinement les raisons du passage à l’acte.
Un couple ordinaire miné par les dettes
Jeudi, l’avocat général a retracé la vie somme toute banale de ce couple venu d’Algérie, parents de trois enfants, dans leur T4 de Montreuil (Seine-Saint-Denis). Leur quotidien était miné par les dettes et l’usure de leur relation. L’accusé, surnommé « Le zen » par son entourage, était perçu comme un homme calme et sans histoires.
Un après-meurtre « tout à fait extraordinaire »
Au-delà du flou du mobile, c’est « l’après tout à fait extraordinaire », selon les mots de l’avocate générale, qui a concentré les interrogations. Comment cet homme ordinaire a-t-il pu allonger le corps sans vie de son épouse sur le canapé en demandant aux enfants de ne pas réveiller « maman, fatiguée et malade » ?
Le lendemain, il a découpé le corps à la meuleuse, achetée le 31 janvier dans une grande enseigne de bricolage du sud-est parisien. Il a dispersé les restes dans des sacs plastiques, au milieu des déchets végétaux aux quatre coins des Buttes-Chaumont, avant de se rendre à Bobigny pour jeter le sac contenant le buste dans un terrain vague.
Les mensonges et les aveux
L’avocate générale a rappelé les deux allers-retours depuis Montreuil jusqu’aux Buttes-Chaumont, la déclaration de la disparition à la police, et les messages laissés à son épouse : « Oui, Assia, t’es où ? » Lakhdar Matoug n’a avoué qu’à sa troisième audition en garde à vue, quinze jours après les faits.



