La justice a condamné ce samedi 23 mai à 25 ans de réclusion l’ex-compagnon de Laëtitia R., reconnu coupable de viols aggravés, actes de torture et de barbarie, ainsi que de proxénétisme. Cette femme, qui a subi un calvaire de sept ans, souhaitait que le procès, devant la cour d’assises de Digne-les-Bains, ait valeur d’exemple. Voici ce qu’il faut retenir de cette affaire hors norme, qui n’est pas sans rappeler celle des viols de Mazan.
Quels sont les faits ?
Guillaume B., 51 ans, ancien directeur d’une agence bancaire, était jugé depuis lundi par la cour d’assises des Alpes-de-Haute-Provence pour avoir infligé d’innombrables sévices à sa compagne durant sept ans. Il affirmait qu’ils entretenaient une relation sadomasochiste et qu’elle était consentante. La plupart des actes – des coups, un tatouage dégradant, de la zoophilie, des brûlures, des étranglements ou de la scatophilie – ont été reconnus par Guillaume B. Il a également admis les relations sexuelles tarifées qu’il a imposées à son ex-compagne avec d’autres hommes, près de 500 selon la plaignante. « Il m’a forcée à dresser une liste », explique-t-elle. « J’ai arrêté de compter à 487 hommes, certains que j’avais vus jusqu’à dix fois. »
« Votre décision déterminera ce que la société accepte qu’un être peut faire à un autre demain », avait lancé aux jurés l’avocate générale Malinka Eymond en requérant la perpétuité pour prévenir un « risque de récidive sur une autre femme ». Guillaume B. a « voulu nier la dignité humaine », a-t-elle dit, assurant que « la relation sadomasochiste n’en avait que le nom, ces pratiques sont censées être encadrées, or la plaignante ne pouvait jamais dire stop ». Les enquêteurs ont relevé qu’aucun « safe word », pour arrêter un rapport, n’avait été établi. Ces actes sont « dans le code sadomasochiste », avait tenté de justifier l’accusé. « Le seul code que je connais c’est le code pénal », avait répondu la présidente. « Qu’il arrête de se cacher derrière le sadomasochisme », avait lancé Laëtitia à la barre assurant qu’il s’agissait de « violences pures et dures ». Elle affirme qu’elle « vivait dans la peur permanente » pour elle et ses enfants, redoutant les représailles de son compagnon et la diffusion d’enregistrements intimes si elle le quittait. Guillaume B., un homme « intelligent », selon les experts, qui présente des traits « pervers » et « sadiques », a reconnu avoir été « omniprésent, omnipotent et égocentrique » avec Laëtitia. Il confirme avoir organisé des « surprises en invitant des hommes à coucher avec elle sans l’en avoir informée ».
Comment s’est déroulée l’enquête ?
Après leur rencontre en 2015, la relation de couple a, sous prétexte de jeux sexuels sadomasochistes, évolué en relation d’emprise psychologique et de contrôle total du mis en cause sur sa compagne, selon l’enquête. « J’imaginais des fessées, être attachée. Il m’avait dit que si ça ne me plaisait pas, on arrêterait », a raconté Laëtitia lors du procès. Mais les pratiques dégénèrent rapidement, affirme-t-elle. Entailles, brûlures, étranglements, humiliations sexuelles, scatophilie. « C’étaient des coups de poing et des coups de pied quand je refusais quelque chose », décrit-elle en sanglots. À la cour, elle raconte aussi le basculement vers une prostitution forcée. « Petit à petit, il a insisté pour que je couche avec d’autres hommes », explique-t-elle. Jusqu’à ce réveillon de Noël 2015 où elle cède à Guillaume B. qui lui demande de se rendre sur une aire d’autoroute pour « s’offrir à des inconnus » pendant qu’il écoute la scène au téléphone. « Il m’a fait faire la pute », écrit-elle dès 2016 à une amie dans un des nombreux messages versés au dossier assurant qu’elle devrait le quitter mais n’en a pas la force.
Selon l’accusation, son compagnon récupérait la moitié des gains « tous les lundis, dans une enveloppe » et décidait de la manière dont elle pouvait gérer l’autre moitié. Dans des échanges lus à l’audience, l’accusé menace aussi de « la tuer ». En juin 2022, la victime parle de sa situation à une amie qui alerte les forces de l’ordre, entraînant l’interpellation de Guillaume B. Préparatrice en pharmacie de formation, Laëtitia souffre aujourd’hui, selon son avocat, de séquelles physiques et physiologiques « qui font qu’elle est dans l’incapacité de mener une vie quotidienne normale ».
Quelle était la défense de Guillaume B. ?
« Les faits ne sont pas contestés, la question c’est le consentement », avait plaidé un des avocats de la défense, Me Arnaud Lucien. Les nombreux messages du couple « démontrent que Laëtitia a été consentante », estimait sa consoeur Me Charlotte Barriol. L’accusé aux cheveux grisonnants et à la fine moustache a assuré « regretter certaines choses », tout en niant, en pleurs, « être le monstre qu’on décrit ». « Je ne pensais pas faire mal », a-t-il dit encore. Une version que les jurés n’ont pas retenue et que Laëtitia a combattue durant une semaine de débats éprouvants auxquels ses quatre enfants ont partiellement assisté. La condamnation est assortie d’une période de sûreté des deux tiers. Elle est inférieure à la peine de réclusion criminelle à perpétuité qui avait été requise par le ministère public. « De perpétuité on est descendu à 25 ans, ce qui est déjà une avancée », a réagi Me Arnaud Lucien. La défense avait jugé la peine de perpétuité requise disproportionnée et « réservée à des meurtriers comme Guy Georges, Nordahl Lelandais ou Xavier Dupont de Ligonnès ».
Quelle réaction du côté de la victime ?
Après plus de quatre heures de délibération des jurés, Laëtitia, mère de famille de 42 ans, a fondu en larmes à l’énoncé du verdict tandis que l’accusé est resté impassible. La condamnation prononcée pour l’ensemble des faits est « une satisfaction et un soulagement », a commenté Me Philippe-Henry Honegger, avocat de la mère de famille. « Pendant quatre ans, on se pose la question, est-ce qu’on va être cru ? Est-ce qu’on va être reconnu comme victime ? Pour elle, c’était une épreuve », a-t-il souligné. Sa cliente, reconnue handicapée entre 50 et 80 %, avait souhaité que le procès soit public, inspirée par le courage de Gisèle Pélicot, devenue une figure mondiale de la lutte contre les violences sexuelles pour avoir témoigné des viols commis par son ex-mari et des dizaines d’hommes. « Elle voulait que les gens puissent comprendre comment ça se fait qu’on n’arrive pas à quitter ce genre d’homme, que les gens puissent voir ce que c’est, ce genre de personnalité, ces dynamiques de couple qui sont tellement destructrices », a dit Me Honegger. Devant le tribunal, des représentantes d’un collectif féministe ont été présentes tout au long de la semaine pour soutenir Laëtitia.



