Vingt mois ferme pour un intermédiaire dans l'arnaque aux faux coursiers
20 mois de prison pour l'arnaque aux faux coursiers

Un homme a été condamné à vingt mois de prison ferme pour avoir servi d'intermédiaire dans une arnaque aux faux coursiers. Deux femmes ont écopé de peines avec sursis. L'équipe avait fait au moins cinq victimes âgées.

Un verre d'eau trahit Axelle

En arrivant chez sa victime, Axelle a demandé un verre d'eau. Ce moment de faiblesse a grandement aidé les policiers à l'identifier grâce à son ADN. Ce jeudi 7 mai, la jeune femme âgée d'une vingtaine d'années comparaissait devant la quatrième chambre du tribunal correctionnel de Bordeaux pour "escroquerie en bande organisée" et "association de malfaiteurs". Près d'elle, dans le box des détenus, Nentithe répondait des mêmes chefs. Leur complice, Carmen, n'a pas jugé utile de se rendre à l'audience. Trois autres femmes seront jugées ultérieurement dans le cadre d'une procédure de reconnaissance préalable de culpabilité.

Le mode opératoire

La petite équipe est soupçonnée d'avoir escroqué au moins cinq personnes âgées en utilisant la célèbre mais redoutable "arnaque aux faux coursiers". Pour un homme de 80 ans, tout a commencé en juin 2024 par un courriel censé provenir de la Sécurité sociale lui demandant sa carte Vitale. Une série de coups de téléphone a suivi. Un homme, se disant "M. Olivier", l'informe que son compte a été piraté et le met en relation avec une "Mme Picard", commissaire de police. La fausse policière lui demande quelles valeurs il possède : montres, bijoux, espèces. Elle lui ordonne de les mettre dans un sac pour les protéger en attendant qu'un coursier passe les chercher. Puis elle demande de placer la carte bancaire dans une enveloppe après l'avoir découpée. Le vieil homme s'exécute. Une coursière vient prendre la carte. En quelques minutes, des débits s'enchaînent sur le compte du vieil homme à hauteur de plusieurs milliers d'euros. Un autre coup de fil annonce qu'un coursier doit repasser chercher le sac d'espèces. Cette fois, les policiers alertés planquent devant la maison et cueillent deux femmes, dont Carmen.

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Les investigations

Les policiers remontent petit à petit une partie de l'équipe. "Là, on vous voit sur une image de vidéosurveillance en train de retirer de l'argent avec une carte volée", lance le président Cyril Vidalie à Axelle. "Je regrette ce qui s'est passé. Je n'ai rien organisé", jure cette jeune femme fluette à la barre. Les femmes du dossier assurent avoir essentiellement agi comme coursières. Nentithe conteste être l'homme qui passait les coups de fil, mais les conversations Snapchat l'identifient comme logisticien et recruteur des faux coursiers. "On est surpris de voir que, depuis la prison de Gradignan où vous étiez en détention provisoire, vous continuez à contacter des personnes pour organiser des escroqueries", s'étouffe le président. Le prévenu fait valoir son "droit au silence".

Les réquisitions et le verdict

La procureure Marie-Noëlle Courtiau-Duterrier reconnaît que la procédure ne recèle sans doute que la "partie émergée de l'iceberg", laissant entendre qu'il y a probablement d'autres faits et d'autres protagonistes. Elle requiert six mois de prison avec sursis contre Carmen, six mois avec un sursis probatoire contre Axelle, et contre Nentithe, "le dénominateur principal qui recrute et sert d'intermédiaire", deux ans de prison ferme, la révocation de deux mois de sursis issu d'une affaire précédente, et une interdiction définitive du territoire français pour cet homme de nationalité ivoirienne. L'avocat de Nentithe, Me Anthony Maurin-Gomis, plaide : "Il est arrivé en France à l'âge de 2 ans. Je ne sais pas ce qui nous arrive pour qu'on en soit à penser que, quelle que soit la durée de vie passée en France, on peut dégager un homme comme ça. On ne pourrait pas sanctionner pénalement sans toucher à la situation administrative ?" L'avocate d'Axelle, Me Nadjet Zaghrir, ajoute : "Le gain de ma cliente a été dérisoire, entre 250 et 400 euros pour remplir le frigo dans une période difficile." Le tribunal condamne Axelle à neuf mois avec sursis, Carmen à six mois avec sursis, et Nentithe à dix-huit mois ferme, six mois avec sursis, plus deux mois pour révocation de sursis. Il pourra exécuter sa peine sous bracelet électronique, avec obligation de travailler et d'indemniser les victimes.

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