Yvette Roudy, figure historique du féminisme français et première titulaire d'un ministère des « Droits de la femme », est morte ce mardi 18 août à Cabestany, dans les Pyrénées-Orientales, à l'âge de 97 ans. Son neveu Jean-Pierre Saldou a annoncé son décès à l'AFP, survenu dans la matinée dans la résidence médicalisée où elle vivait depuis trois ans.
Une pionnière au gouvernement
Nommée ministre déléguée aux Droits de la femme en 1981 après l'élection de François Mitterrand, Yvette Roudy avait alors 52 ans et affichait une ambition : « Je veux former un ministère qui travaille à sa propre disparition. » Elle est devenue ensuite ministre de plein exercice et est restée au gouvernement jusqu'à la première cohabitation en 1986.
Si Françoise Giroud avait occupé à partir de 1974 le poste de secrétaire d'État à la Condition féminine sous Valéry Giscard d'Estaing, Yvette Roudy fut la première à disposer d'un véritable ministère consacré aux droits des femmes. Il faudra attendre 2012 et la nomination de Najat Vallaud-Belkacem pour retrouver un ministère de plein exercice dédié à cette question.
Des avancées législatives majeures
Son passage au gouvernement reste associé à plusieurs avancées majeures. Signataire en 1971 du « Manifeste des 343 », publié dans « le nouvel Observateur », qui réclamait le droit à l'avortement, Yvette Roudy obtient en 1982 le remboursement de l'interruption volontaire de grossesse par la Sécurité sociale, sept ans après sa légalisation par la loi Veil.
Elle laisse également son nom à la loi du 13 juillet 1983 sur l'égalité professionnelle entre les femmes et les hommes. Le texte interdit notamment de refuser une embauche, une promotion ou une formation en raison du sexe et impose aux entreprises de présenter un « rapport de situation comparée » entre les salariés des deux sexes, destiné à mettre en lumière les inégalités, notamment salariales.
Tous ses combats n'aboutissent toutefois pas. Son projet de loi « anti-sexiste », destiné à réprimer certaines atteintes à la dignité des femmes dans la publicité, provoque une forte opposition, y compris au sein du Parti socialiste, et finit par être abandonné. « Le ciel des machos me tomba sur la tête et faillit m'engloutir », racontera-t-elle plus tard. Elle s'attire également les critiques de l'Académie française après avoir créé, en 1984, une commission chargée de travailler à la féminisation des noms de métiers et de fonctions.
Un engagement féministe et politique de longue date
Née le 10 avril 1929 à Pessac, en Gironde, dans un milieu ouvrier, Yvette Roudy commence à travailler très jeune comme secrétaire et suit parallèlement des cours du soir. Après un séjour au Royaume-Uni avec son mari Pierre Roudy, elle devient traductrice. Sa traduction en français de « La Femme mystifiée », de l'Américaine Betty Friedan, participe à son entrée dans le militantisme féministe.
Elle rejoint en 1965 la Convention des institutions républicaines de François Mitterrand, qu'elle suit ensuite au Parti socialiste. Élue au parlement européen en 1979, elle devient après son départ du gouvernement, députée du Calvados, puis maire de Lisieux pendant 12 ans, de 1989 à 2001. En 1996, elle signe avec plusieurs anciennes ministres de droite et de gauche, parmi lesquelles Simone Veil et Edith Cresson, le « manifeste des dix pour la parité », dans « l'Express ».
Elle continuera à militer pour les droits des femmes longtemps après avoir quitté ses mandats. Interrogée par « L'Obs » en février 2018, au début de la vague #MeToo, Yvette Roudy saluait « un évènement fondamental du XXIe siècle et une étape historique du féminisme ». « La question des droits des femmes est politique, et #MeToo, qui dénonce les rapports de pouvoir abusifs, est une question politique aussi », estimait-elle, ajoutant : « Ce mouvement fait trembler le patriarcat. »
Des hommages unanimes
Les hommages ont commencé à affluer mardi après l'annonce de sa mort. « Féministe, socialiste, femme de convictions et de combats, elle n'a jamais cessé de défendre ses idées », a réagi l'ancien président François Hollande, rappelant qu'elle avait fait reconnaître officiellement le 8 mars comme Journée internationale des droits des femmes en France. « Yvette Roudy n'est plus. Mais il reste tant d'elle. Le remboursement de l'IVG, c'est elle, la féminisation des noms de métiers c'est elle, l'égalité professionnelle, c'est elle, la parité c'est encore elle », a également salué la sénatrice socialiste Laurence Rossignol.
Son dernier livre, publié en mars 2020, portait un titre qui résumait plus d'un demi-siècle d'engagement : « Lutter toujours ».



