Depuis le 18 août, les vendanges battent leur plein à la Chartreuse de Valbonne, à Saint-Paulet-de-Caisson (Gard). Particularité de ce domaine du XIIIe siècle : toute l'activité viticole, sur 16 hectares, est gérée par des travailleurs en situation de handicap. Ils sont 39 à être accompagnés par l'Esat Valbonne, dont 9 entièrement dévolus à la vigne tout au long de l'année.
Un milieu protégé pour des professionnels autonomes
Parmi eux, Gaspard, 27 ans, fait des allers-retours entre les ceps pour récupérer les seaux de raisins. « Ici, c'est du grenache, on a fait le viognier et les syrahs il y a quelques jours. Ça produit plutôt bien », explique-t-il. Diagnostiqué bipolaire et atteint d'un trouble schizo-affectif, il a choisi ce cadre après un bac pro agricole : « Je ne me voyais pas travailler dans le milieu ordinaire. J'avais peur de la pression. Ici, c'est un milieu protégé. »
Ce n'est que sa deuxième année de vendanges, une période qu'il qualifie de « courte mais intense ». Comme lui, les travailleurs bénéficient d'un accompagnement médical strict. Cédric Tirado, directeur de l'établissement, précise : « On a l'obligation de respecter les préconisations des psychiatres et des médecins qui suivent nos travailleurs. On veille à leur bien-être, les heures supplémentaires se font seulement sur la base du volontariat. On adapte les horaires de travail à leur rythme. »
Des compétences reconnues et une production de qualité
Malgré ces adaptations, ces vendangeurs sont « de vrais professionnels au même titre que ceux qu'on rencontre dans d'autres caves », insiste le directeur. Ils connaissent parfaitement les consignes de sécurité, le matériel et la vigne. Nathaniel Broche, l'un des deux moniteurs et maître de chai, abonde : « Je ne fais pas de différence entre eux et moi. On s'entraide et on s'entend très bien. » Il cite José, un travailleur qui, depuis 11 ans, maîtrise tous les aspects du travail en cave : « Il fait attention et sait se servir de tout, j'en suis très content. »
L'Esat gère l'activité « de A à Z », de la taille à la vente, avec le soutien d'un œnologue. La production annuelle atteint 400 hectolitres. Cette année, les vendanges ont commencé plus tôt que d'habitude sur les parcelles de blanc, suivies du rosé. Pour le rouge, il faut attendre : « les pluies ont fait baisser le degré d'alcoolémie », explique Cédric Tirado.
Une crise viticole et un objectif de valorisation
Comme d'autres domaines, la Chartreuse subit la crise viticole. « On est en bonne santé financière mais grâce à l'équilibre que nous permettent nos deux autres activités : les espaces verts et l'entretien. Mais le but est d'essayer de tirer le secteur viticole vers le haut pour qu'il soit plus stable », confie le directeur. Pour y parvenir, il envisage une taille plus spécialisée et le remplacement de certaines souches afin d'optimiser les 16 hectares.
L'Esat vise aussi à être une passerelle vers le milieu ordinaire, mais l'accès aux entreprises viticoles classiques « est relativement compliqué », selon le directeur : « Elles ne sont pas encore prêtes à intégrer des personnes en situation de handicap. »
Jusqu'à mi-septembre, Gaspard, José, Ludovic (qui travaille au domaine depuis 20 ans) et leurs collègues continueront à vendanger. « Ils ont une vraie fierté de ce qu'ils font même s'ils le font à leur rythme. Ils apportent une grande valeur au travail », souligne Cédric Tirado, qui souhaite valoriser sur les bouteilles la spécificité des hommes derrière ce vin, pour montrer que la différence est une force.



