Olympe de Gouges, pionnière féministe oubliée, attend toujours le Panthéon
Olympe de Gouges, pionnière féministe oubliée

Olympe de Gouges, une pionnière des droits des femmes longtemps méconnue

La Journée internationale des droits des femmes, célébrée chaque année le 8 mars, offre l'occasion de redécouvrir une figure emblématique des Lumières, injustement tombée dans l'oubli pendant des décennies. Née à Montauban en 1748 et exécutée sous la guillotine en 1793, cette combattante acharnée pour l'égalité des droits pourrait-elle un jour intégrer le Panthéon ? Dotée d'un teint clair, d'un visage rond et d'un nez droit, ses portraits attestent d'une beauté certaine. Mais Olympe de Gouges ne se résumait pas à son apparence : son esprit était aussi vif que déterminé.

Une jeunesse marquée par la liberté et les salons parisiens

Marie Gouze, de son vrai nom, voit le jour à Montauban le 7 mai 1748. Fille de Pierre Gouze, maître boucher, et d'Anne Olympe Mouisset, elle serait, selon les rumeurs locales, le fruit d'une liaison adultère avec Jean-Jacques Lefranc de Pompignan, qui deviendra son parrain. Mariée à 17 ans à Louis-Yves Aubry, un cuisinier parisien de trente ans son aîné, elle devient veuve rapidement, ce qui lui permet de satisfaire son ardent désir de liberté.

En 1766, à 18 ans, elle s'installe à Paris avec son fils nouveau-né, Pierre Aubry. Elle adopte alors le nom d'Olympe de Gouges et se lance dans une carrière littéraire en autodidacte. Les salons parisiens l'accueillent chaleureusement, et elle entame une relation avec Jacques Biétrix de Rozières en 1773, qui lui assure une stabilité financière. Malgré une éducation qu'elle juge limitée, elle fréquente assidûment les cercles culturels, côtoyant intellectuels, artistes et hommes politiques.

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Sa passion pour le théâtre la conduit à jouer sur scène, tandis que sa vie sentimentale libre lui vaut une réputation de courtisane. En 1774, l'Almanach de Paris la classe au cinquième rang des Parisiennes les plus en vue. Refusant de se remarier pour conserver son indépendance littéraire, elle défie les normes de son époque.

Des combats humanistes en avance sur son temps

Influencée par les philosophes des Lumières comme Rousseau et Helvétius, Olympe de Gouges s'engage dans des luttes progressistes. On lui attribue seize pièces de théâtre et plus de cinquante écrits politiques, principalement axés sur les droits civils et politiques des femmes et l'abolition de l'esclavage. Dès 1784, elle écrit sa première pièce, Zamore et Mirza ou l'heureux naufrage, qui dénonce l'esclavage. Malgré les obstacles d'une société machiste, la pièce est finalement jouée à la Comédie-Française en 1789, bien qu'interrompue par les sifflets des partisans de l'esclavagisme.

La Révolution française de 1789 intensifie son activisme. Dès 1788, elle publie des projets de réforme, comme l'impôt patriotique, et multiplie les initiatives pour influencer les députés et personnalités telles que La Fayette et Mirabeau. Pacifiste et modérée, elle plaide pour des positions légalistes, ce qui lui vaut des inimitiés politiques.

La Déclaration des droits de la femme et l'instauration du divorce

Son combat le plus fervent reste l'égalité hommes-femmes. En réponse à la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, qui ignore les femmes, elle rédige la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, affirmant l'égalité des sexes. Elle écrit également à la reine Marie-Antoinette pour la rallier à sa cause.

Dans ses œuvres théâtrales comme Le Couvent ou Les Vœux forcés, elle continue de défendre les droits des femmes. Elle milite aussi pour l'instauration du divorce, qui sera adopté, et propose un contrat civil entre concubins, préfigurant le Pacs de deux siècles. En 1792, elle critique la constitution de 1791 pour son exclusion des femmes du droit de vote.

Une fin tragique sous la Terreur

Après la découverte de documents compromettants pour Louis XVI en 1792, Olympe de Gouges devient républicaine, mais s'oppose farouchement à la Terreur. Elle n'hésite pas à invectiver des figures comme Marat et Robespierre, les traitant avec virulence. Le 21 janvier 1793, l'exécution de Louis XVI est votée, et ses ennemis politiques la font arrêter.

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Le 3 novembre 1793, à 45 ans, elle est guillotinée place de la Révolution. Avant de mourir, elle lance un dernier appel : Enfants de la patrie, vous vengerez ma mort. Son courage et son engagement lui coûtent la vie, mais son héritage perdure.

Une reconnaissance tardive et la quête du Panthéon

Visionnaire, Olympe de Gouges avait aussi plaidé pour la création de maternités, d'ateliers nationaux pour les chômeurs, et l'abolition de la peine de mort. Pourtant, après sa mort, elle tombe dans l'oubli en France, avant d'être redécouverte aux États-Unis et au Japon après la Seconde Guerre mondiale.

En France, des pétitions pour sa panthéonisation ont été lancées depuis 1989, mais sans succès. Des femmes comme Germaine Tillion, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Simone Veil et Joséphine Baker l'ont précédée au Panthéon. Aujourd'hui, des rues, places et squares portent son nom, et un buste en marbre blanc trône à l'Assemblée nationale, symbolisant une revanche posthume. Deux cent trente ans après son exécution, Olympe de Gouges attend toujours son entrée au Panthéon, rappelant l'importance de son combat pour les générations futures.