La maire de Chéraute, Christelle Mange, a créé la surprise ce vendredi 24 avril en se portant candidate spontanée à une vice-présidence de la Communauté d’agglomération Pays basque, bousculant ainsi des accords préétablis. Dans un discours déterminé en faveur de la parité en politique, elle a rappelé l’institution à ses propres engagements en la matière.
Un coup d'éclat pour la parité
L’affaire allait bon train, ce vendredi 24 avril au matin. Les élus de la Communauté d’agglomération Pays basque cooptaient leurs 15 vice-présidents. Pour chaque siège, un seul nom remontait des dix pôles territoriaux. Essentiellement des hommes, les choses étaient en ordre. Jusqu’à ce qu’une voix dissonante s’élève. Alors qu’il s’agissait de désigner le maire de Gotein-Libarrenx, Bernard Lougarot, pour la Soule, Christelle Mange a pris la parole.
« Je ne savais pas si j’allais prendre le micro aujourd’hui. J’y ai pensé toute la journée d’hier et cette nuit aussi », a-t-elle déclaré, debout dans l’amphithéâtre de la Cité des arts à Bayonne. « Il y a des moments dans la vie où on ne peut pas se cacher », a-t-elle ajouté, avant de se porter candidate et de bousculer l’ordre établi.
Une déclaration écrite avec le cœur
Après la séance du Conseil d’agglomération, l’élue a évoqué sa déclaration « écrite la veille, à 23 heures, avec le cœur et les tripes ». Elle a expliqué à travers son texte la succession d’événements qui l’ont décidée à « ne pas (se) taire ». Au moment de former l’exécutif intercommunal, les élus réunis dans les pôles territoriaux désignent d’abord leurs quatre représentants : un animateur automatiquement envoyé dans l’exécutif, un membre de la commission permanente et un binôme dans lequel le président de l’Agglomération, Alain Iriart, choisira un vice-président.
En Soule, Christelle Mange a dénoncé « des arrangements entre partis politiques de gauche pour proposer quatre hommes ». « Le principe de parité n’était même pas envisagé pour le binôme », s’est-elle insurgée. Voilà ce qui l’a décidée à se porter candidate au sein du pôle. Ses pairs l’ont désignée, au côté de Bernard Lougarot. Alain Iriart devait donc trancher entre les deux pour une vice-présidence. Il a désigné le second.
Un appel direct au président
Christelle Mange a cité le « pacte de gouvernance » communautaire qui proclame sa « volonté d’accroître la féminisation de chacune des instances ». Elle a interpellé directement « Alain » : « Tu m’as dit que pour favoriser la parité, il fallait que les pôles fassent remonter des femmes. La Soule t’a fait remonter une femme ! »
« Je suis aussi qualifiée que Bernard Lougarot. J’ai autant d’années d’engagement que lui. J’ai transformé ma commune. J’ai toujours honoré mes responsabilités », a-t-elle affirmé, en sa qualité de première magistrate depuis seize ans.
Un discours qui a ému l'assemblée
En aparté, l’élue a évoqué sa fille et ce qu’un parent doit de courage à son enfant. Et au micro devant ses pairs, elle s’est interrogée : « Comment, demain, demander à une fillette, une jeune fille ou une femme de faire preuve de courage dans leur vie sans penser à ce moment où j’aurai manqué de courage ? »
Alors, elle s’est présentée à la vice-présidence dévolue au pôle de Soule. Et a exhorté l’assemblée à peser ce vote, à l’aune d’un enjeu supérieur au seul siège mis aux voix : dire aux femmes d’ici « qu’elles comptent ». Beaucoup se sont levés pour l’applaudir. Des femmes, mais pas seulement. Les mêmes se sont levés encore quelques minutes plus tard pour saluer son élection, par 172 voix contre 168 à Bernard Lougarot. Une pluie de textos a inondé le téléphone de l’impétrante, des bravos et des mercis.
Une avancée symbolique
L’Agglomération comptera donc cinq femmes au lieu de quatre, sur quinze vice-présidences. Un tiers, loin encore de la parité affichée en objectif. Mais le moment est important. Comme récemment, quand l’ancienne maire de Tardets, Maité Pitrau, disait la difficulté d’être une femme au pouvoir. Comme à chaque fois qu’est dit ce qui est juste.
La réponse du président
Alain Iriart présidait son premier Conseil d’agglomération, vendredi matin. Une séance essentiellement dédiée à la désignation de l’exécutif et des représentants de l’institution. La question de la représentation des femmes au sein de l’instance allait venir en débat. Alain Iriart n’en doutait pas, qui a pris soin dans son propos introductif de rappeler que seulement « 28 % des maires du Pays basque sont des femmes ». Une « réalité issue des élections municipales » qui a pesé au moment de former l’exécutif et notamment d’attribuer les vice-présidences. « Cette situation ne doit pas constituer une fatalité », a-t-il affirmé, formulant « l’impératif de travailler pour aller vers plus de parité ».
Interrogé après l’intervention de la maire de Chéraute, le président a redit que « la constitution de l’exécutif reflète la couleur des pôles ». Il a souligné les équilibres complexes à trouver, « entre sensibilités politiques, diversité des territoires et impératif de parité ». Il a souligné son choix d’une première vice-présidente, en la personne de Anne-Marie Bruthé, maire d’Amendeuix-Oneix. « Le choix est global, certains choix ont été tranchés en faveur de femmes, pour arriver à 11 femmes, contre 9 auparavant » dans le Conseil exécutif. Sur 36, en comptant Christelle Mange, donc.
Les 15 vice-présidents élus
- Anne-Marie Bruthé, maire de Amendeuix-Oneix
- Eneko Aldana-Douat, maire de Ciboure
- Sylvie Durruty, adjointe au maire de Bayonne
- Daniel Olçomendy, maire d’Ostabat-Asme
- Florence Lasserre, adjointe au maire d’Anglet
- Peio Abeberry, adjoint au maire de Biarritz
- Fabienne Hirigoyen, maire de Mouguerre
- Peio Etxeleku, maire de Cambo-les-Bains
- Claude Olive, maire d’Anglet
- Antton Curutcharry, maire de Saint-Étienne-de-Baigorry
- Joseba Erremundeguy, adjoint au maire de Bayonne
- Jean-François Irigoyen, maire de Saint-Jean-de-Luz
- Christelle Mange, maire de Chéraute
- Hervé Damestoy, maire de Mendionde
- Nicolas Narbey, maire de Sames



