La polémique de 2023 sur le port de l'abaya à l'école refait surface dans le débat public. Mathilde Panot, présidente du groupe LFI à l'Assemblée nationale, a promis, lors de son invitation au Grand oral de BFMTV - Le Figaro, que cette mesure serait abrogée en cas de victoire de Jean-Luc Mélenchon à l'élection présidentielle de 2027. Elle qualifie l'interdiction de « absurde », citant l'exemple de deux jeunes filles portant la même robe achetée au même endroit, où seule celle ayant « l'air arabe » se voyait refuser l'entrée.
Une promesse qui suscite une vive réaction du RN
Cette prise de position a immédiatement fait réagir le Rassemblement national. Sur son compte X, Marine Le Pen, candidate du RN, a accusé Jean-Luc Mélenchon et la France insoumise d'être « devenus les sous-traitants de l'idéologie islamiste ». Cette accusation intervient alors que le débat sur la nature religieuse de l'abaya reste vif.
En 2023, le Conseil d'État avait statué que l'interdiction du port de l'abaya dans les écoles était conforme à la loi, estimant que certains élèves l'utilisaient « dans une logique d'affirmation religieuse ». En revanche, le Conseil français du culte musulman « rappelle que l'abaya n'a jamais été un vêtement ou une prescription religieuse ».
Un vêtement traditionnel, pas une prescription religieuse
Concrètement, l'abaya est une robe ample et longue, couvrant le corps du col aux chevilles, avec des manches longues et larges. Les premiers vêtements de ce type seraient apparus il y a plus de 4 000 ans en Mésopotamie, bien avant l'arrivée de l'islam au VIIe siècle. Aucun verset du Coran ne fait référence à ce vêtement en particulier.
Sophie Gherardi, fondatrice du Centre d'étude du fait religieux contemporain (Cefrelco), explique qu'« il n'y a pas de texte canonique » définissant si c'est un symbole religieux. Selon elle, la vision française de l'abaya découle d'une « confusion avec des traditions arabes », car « en France, la plupart des musulmans sont originaires de pays arabes ». Elle compare l'abaya au kimono ou au boubou, le qualifiant de « vêtement traditionnel » qui « peut être utilisé pour signaler : 'je suis une femme modeste, je ne montre pas mon corps' ».
La difficulté de prouver la nature religieuse d'un vêtement
Sophie Gherardi souligne qu'il est « extrêmement difficile de prouver » qu'un vêtement est religieux ou non, d'autant que les pratiques évoluent. Elle cite Aristide Briand qui, lors du vote de la séparation de l'Église et de l'État en 1905, s'opposait à l'interdiction de la soutane dans l'espace public, estimant que les vêtements religieux étaient un débat sans fin. Briand avait déclaré : « La soutane une fois supprimée, […] l'ingéniosité combinée des prêtres et des tailleurs aurait tôt fait de créer un vêtement nouveau, qui ne serait plus la soutane, mais se différencierait encore assez du veston et de la redingote pour permettre au passant de distinguer au premier coup d'œil un prêtre de tout autre citoyen ».
« Comme on a interdit le voile à l'école, c'est l'abaya qui sert aujourd'hui à justifier d'une foi démonstrative de la part des élèves », résume Sophie Gherardi. Elle précise que, même si « on peut supposer que les gens qui portent une abaya y voient un symbole religieux », c'est une conception française de l'habit religieux : « contrairement à d'autres pays, l'affichage religieux est assez mal vu » car considéré comme politique, « on a tendance à voir un militant, là où au Royaume-Uni, par exemple, on verra un croyant ».



