Parcoursup à l'IUT de Béziers : une sélection sous tension
La plateforme Parcoursup est de nouveau au cœur des débats alors que le 2 juin, les futurs bacheliers devront choisir leur formation. À l'IUT de Béziers, les responsables du recrutement constatent les failles du système et leurs conséquences. Stress et incertitude envahissent les élèves de terminale, qui recevront dans quelques jours les réponses à leurs vœux pour l'année universitaire 2026-2027. Une échéance décisive.
Depuis la mise en service de la plateforme il y a huit ans, de nombreux débats émergent sur son fonctionnement et la sélection. Lettres de motivation ignorées, notes déterminantes, candidats triés par des robots : plusieurs rumeurs circulent. Mais à l'IUT de Béziers, ce sont bien des humains qui sont de l'autre côté de l'écran.
L'intelligence artificielle, un fléau pour les recruteurs
« Il est vrai que les formations qui reçoivent des milliers de demandes n'ont pas la possibilité de lire les lettres de motivation. Ici, chaque membre du jury gère 200 dossiers, mais il y a une double lecture, y compris des lettres de motivation. Donc si vous envoyez une recette de lasagnes pour la blague, on le saura », sourit Nicolas Maurin, chef du département Métiers du multimédia et de l'internet (MMI) à l'IUT.
La lettre de motivation, un exercice rarement valorisé, pousse les candidats à y accorder moins d'importance. « Le problème majeur, c'est l'IA. Tout le monde le sait. Pour l'anecdote, il nous arrive de lire des lettres où la mention nom et prénom générée par ChatGPT n'a même pas été remplacée », raconte-t-il. La proportion de candidats utilisant l'IA pour écrire de A à Z est estimée à 50 %. Dans ces cas, l'usage de l'IA est éliminatoire.
Les critères de sélection à l'IUT de Béziers
Si les lettres sont lues, elles ne sont qu'un élément parmi d'autres. « Pour la filière MMI, le barème est divisé par trois. Le contrôle continu et les épreuves anticipées ne représentent que 30 % de la note finale », souligne Nicolas Maurin. Les 70 % restants reposent sur l'engagement personnel, les appréciations du bulletin et un questionnaire en ligne sur la connaissance de la formation.
« L'idéal serait de faire passer des oraux. On l'avait expérimenté, cela permettait de mieux connaître les candidats et vice-versa, avec moins de réorientations. Mais vu notre effectif, c'est trop chronophage », regrette Frédéric Comby, chef du département Réseaux et télécommunications.
L'appel à l'harmonisation des notes
Face à un système éducatif en panne de performance et à la démocratisation des IA génératives, les professeurs doivent composer avec un delta entre les informations transmises et le véritable niveau du candidat. « Je me retrouve confronté à des élèves qui affichent 12/20 en maths et qui sont en réalité meilleurs, et surtout à certains qui ont 14/20 mais sont incapables d'effectuer une opération niveau collège », déplore Frédéric Comby.
Les deux chefs de département appellent à une harmonisation des notes entre établissements. « Privé ou public, il n'y a pas de tendance observable. C'est vraiment au cas par cas que l'on constate ces gouffres. Pour y remédier, il serait judicieux de tendre à une harmonisation réelle des notes. Au moins qu'on puisse s'y fier ! »
Prépa BL du lycée Henri-IV : 1 500 candidats pour 48 places
« Nous avons reçu plus de 1 500 candidatures pour 48 places à la rentrée de septembre 2026 », précise Jean-Philippe Papineau, proviseur du lycée Henri-IV de Béziers, pour la classe préparatoire B/L (lettres et sciences sociales). La démarche est similaire à celle de l'IUT.
« Quand nous recevons les dossiers des candidats acceptés sur Parcoursup, nous éliminons d'abord ceux qui ne répondent pas aux critères, par exemple les bacheliers de lycées professionnels. Nous utilisons un algorithme pour un premier classement. » Ensuite, les huit professeurs de classes prépas et la direction se répartissent les dossiers pour une deuxième sélection. « Nous lisons tout : CV, lettres de motivation, parcours de l'élève. »
De 1 500 candidats, ils passent à environ 450, puis à 48. « Car certains choisiront la même prépa dans un autre établissement, comme à Nîmes ou Toulouse. D'autres seront pris dans d'autres prépas ou études. » Le classement évolue grâce aux refus. « Autour du 10 juillet, 98 % des futurs étudiants sont affectés. Pour moi, le système est satisfaisant car ils ont un accès unique à toute la France via Parcoursup, et nous restons maîtres des affectations. »



