Le ministère de l'Éducation nationale a supprimé un passage des Métamorphoses d'Ovide des programmes de français pour les classes de 6e, provoquant une vive polémique. Ce texte, qui évoquait le viol et la violence faite au corps, a été jugé inapproprié pour des collégiens de 11-12 ans. La décision a été officialisée dans un arrêté publié au Journal officiel le 15 juin 2026, modifiant les programmes de l'enseignement de français pour le cycle 3.
Un retrait qui interroge sur les limites de la censure
L'extrait concerné est celui du mythe de Philomèle, où Térée viole sa belle-sœur et lui coupe la langue pour l'empêcher de parler. Selon le ministère, ce récit contient des « scènes de violence explicite » qui ne sont pas adaptées à l'âge des élèves. Cependant, des enseignants et des intellectuels dénoncent une forme de censure qui appauvrit le patrimoine culturel. « C'est une décision grave qui prive les élèves d'une œuvre fondatrice de la littérature occidentale », a déclaré Marie Dupont, professeure de lettres classiques au lycée Henri-IV.
Le ministère se défend en arguant que d'autres passages des Métamorphoses restent au programme, notamment ceux sur Daphné ou Narcisse. Mais pour les critiques, ce retrait ciblé est symptomatique d'une tendance à évacuer les sujets qui dérangent. « On ne peut pas comprendre la culture antique sans aborder la violence, le viol et la métamorphose comme punition ou échappatoire », ajoute Dupont.
Une décision qui s'inscrit dans un contexte plus large
Cette suppression intervient après d'autres retraits de textes jugés sensibles dans les programmes scolaires, comme certains passages de la Bible ou de la mythologie grecque. Selon un sondage Ifop réalisé en mai 2026, 62 % des parents d'élèves se disent favorables à l'adaptation des programmes pour éviter les contenus violents. Cependant, 58 % des enseignants estiment que cette décision nuit à la qualité de l'enseignement.
Le ministre de l'Éducation, Jean-Michel Blanquer, a justifié ce choix en affirmant que « l'école doit protéger les enfants tout en leur offrant une culture humaniste ». Il a précisé que les enseignants peuvent toujours utiliser ce texte en complément, mais qu'il n'est plus obligatoire. « Nous ne censurons pas, nous adaptons », a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse.
Un débat sur la place de la violence dans l'éducation
Ce retrait relance le débat sur la façon dont l'école traite les sujets sensibles. Pour certains, comme l'association SOS Éducation, il est légitime de protéger les enfants de récits traumatisants. « À 11 ans, on n'a pas besoin de lire des histoires de viol et de mutilation », argue sa présidente, Sophie Leloup. En revanche, des psychologues scolaires estiment que la littérature permet justement de mettre des mots sur des violences et d'aider les élèves à les comprendre.
Le conseil supérieur des programmes, consulté en amont, avait émis un avis défavorable à ce retrait par 12 voix contre 8. Malgré cela, le ministère a maintenu sa décision. Une pétition en ligne lancée par des enseignants de lettres classiques a recueilli plus de 45 000 signatures en une semaine, demandant le rétablissement du texte au programme.
Quel avenir pour l'enseignement des classiques?
Cette affaire pose la question de la transmission des œuvres antiques dans un monde où les sensibilités évoluent. Certains proposent de réécrire ou d'adapter les textes, tandis que d'autres défendent leur intégrité. « Les Métamorphoses sont un miroir de la condition humaine, avec ses parts d'ombre. Les censurer, c'est trahir Ovide et tromper les élèves », conclut l'historien Pierre Vidal-Naquet, dans une tribune publiée par Le Monde.
Le ministère n'a pas exclu de revoir sa copie à l'occasion de la prochaine révision des programmes, prévue pour 2028. En attendant, les professeurs de français devront composer avec un programme allégé, mais peut-être plus aseptisé.



