Une enquête inédite menée en Occitanie et en Centre-Val de Loire livre des résultats surprenants sur la maîtrise de l'orthographe chez les adultes. Réalisée par le linguiste et statisticien Jean-Pierre Jeantheau, elle montre que les femmes et les générations plus âgées obtiennent de meilleurs scores que les hommes et les jeunes.
Une évaluation scientifique de l'orthographe
Jean-Pierre Jeantheau, ancien membre de la DEPP à l'Éducation nationale et de l'Agence nationale de lutte contre l'illettrisme, a publié les résultats d'une double enquête menée en 2023. L'étude a porté sur des échantillons représentatifs d'adultes âgés de 16 à 65 ans, tous scolarisés au moins jusqu'à la fin du primaire, en Occitanie et en Centre-Val de Loire.
Un test basé sur une liste de courses
Le test d'orthographe prenait la forme d'une liste de 70 mots courants, parfois agencés en une phrase, comme "pharmacie", "épicerie", "alcool", "tomate" ou "pays". Il s'inscrivait dans le cadre d'une enquête sur l'illettrisme financée par la Préfecture de région.
Des résultats contrastés entre régions
Les habitants d'Occitanie obtiennent un meilleur score que ceux du Centre-Val de Loire : 8% de "sans-faute" contre 5%. Ce pourcentage reste faible, notamment à cause du mot "solennel" que moins de 50% des participants ont su orthographier correctement. Moins de 20% des adultes ont également réalisé tous les accords sans erreur.
Un niveau de fin de primaire pour la majorité
Selon Jean-Pierre Jeantheau, "la majorité des participants ont rendu une copie lisible, ce qui prouve que l'école parvient à amener une part massive de la population à un niveau minimum, celui de fin de primaire. Mais dès que l'on dépasse ce niveau avec des mots plus complexes, les écarts se créent."
Les femmes et les seniors en tête
Les résultats confirment certains lieux communs : les femmes réussissent mieux que les hommes, avec 8% de sans-faute contre 4%. Elles sont également plus performantes sur les accords : 21% contre 15%. Les jeunes générations sont en difficulté : "Les 18-35 ans ont de moins bons résultats que des personnes âgées qui n'ont pas fait d'études prolongées, dans un rapport de un à trois", souligne le linguiste.
L'illettrisme recule malgré tout
Si le niveau en orthographe se dégrade, l'illettrisme recule en France, avec un taux de 5%. Jean-Pierre Jeantheau explique que ce taux correspond à une part de la population dont les handicaps ne permettent pas d'accéder à une parfaite compréhension. Il recommande pour progresser : "C'est d'abord une question de motivation, d'intérêt pour la discipline, de volonté personnelle."
Un électrochoc nécessaire ?
Le linguiste estime que la France est "un peu dans le déni" concernant la baisse de performance des jeunes. Il cite l'exemple de l'Allemagne qui, au début des années 2000, a connu une prise de conscience et a réformé son système pour remonter dans les classements.



