Lecture à l'école : le ministre insiste sur le rituel et la santé mentale
Lecture : le ministre met l'accent sur le rituel et la santé mentale

En déplacement dans l'académie de Bordeaux, le ministre de l'Éducation nationale Édouard Geffray a mis l'accent sur l'importance de la lecture, qu'elle soit à voix haute, à voix basse ou ritualisée, à l'école comme à la maison. Selon lui, la lecture est une clé pour la réussite scolaire, mais aussi un enjeu de santé mentale face à l'invasion des écrans.

Une matinée magique au CP

« C'est magique le CP », a soufflé le ministre ce vendredi matin à Bègles, près de Bordeaux, après avoir assisté à une séance de lecture et d'écriture avec les CP de l'école Ferdinand-Buisson. Magique n'était peut-être pas l'adjectif le mieux choisi, au regard des efforts déployés par l'équipe pédagogique dans cette école classée en Réseau d'éducation prioritaire (REP), où onze classes de CP et CE1 sont dédoublées. Ici, chaque enseignant prend en charge un groupe d'une douzaine d'élèves pour travailler au plus près des besoins. Si l'accompagnement est personnalisé, les vulnérabilités ont été identifiées grâce aux évaluations nationales : les écoliers français continuent d'avoir des difficultés en lecture, notamment en fluence (lecture à voix haute) et en compréhension, mais aussi en mathématiques, en particulier dans les automatismes de calcul.

Ritualiser la lecture à l'école

Le constat est alarmant : dans les milieux modestes, seulement 36 % des enfants déclarent avoir « beaucoup de livres à la maison », contre 74 % dans les milieux favorisés. C'est le point de départ du Plan Lecture, ordonnancé par l'Éducation nationale, sur la base d'un autre constat, le recul de la pratique. En seconde, près d'un lycéen sur trois ne lit plus pour le plaisir. Pire, l'accès au livre est de plus en plus inégal. « En revanche, ils sont envahis d'écrans », déplore le ministre, au cours de la discussion avec l'équipe pédagogique béglaise.

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En réponse, les enseignants de cette école ont décidé « d'envahir » les enfants de livres. Rituel quotidien de la lecture à voix haute ou à voix basse, visites à la médiathèque, rencontres avec des auteurs, achats d'albums financés par la mairie, tout est bon pour faire la promotion de l'écrit. En clair, la théorie élaborée rue de Grenelle est déjà en grande partie mise en pratique. Reste à consolider la dynamique dans les classes supérieures, où au passage, il n'y a plus de dédoublement, note l'enseignant du CE2. « C'est un vrai enjeu pour les CM1 et CM2 », appuie le ministre.

Ne pas lâcher « l'histoire du soir »

« Le fait d'avoir des classes dédoublées et donc d'être deux enseignants par classe nous permet aussi d'être plus facilement en lien avec les parents au portail, et de leur souffler l'intérêt de la lecture partagée avec l'enfant », enchaîne l'une des maîtresses de CP, en réponse aux questions d'Édouard Geffray, soucieux de prendre la température du terrain. « La lecture à la maison est cruciale », rebondit le ministre. « Y compris dans une autre langue, si les parents ne sont pas allophones. Et s'ils ne savent pas lire, ils peuvent raconter. »

Les enseignantes béglaises expliquent aussi aux familles qu'il faut continuer même quand l'enfant est lecteur. « Et ne pas s'arrêter à l'entrée au collège », appuie Édouard Geffray. « Nous avons tous un rôle à jouer, en pratiquant dès le plus jeune âge la lecture ou l'histoire du soir. » Une habitude perdue au profit des écrans. « Pourtant elle est déterminante », poursuit le ministre. « C'est l'un des principaux déterminants de diversification du champ lexical, donc du vocabulaire entre 0 et 6 ans. Or la diversification du vocabulaire à cet âge est l'un des principaux facteurs de réussite scolaire. La corrélation est directe : histoire du soir égale vocabulaire, et imaginaire égale réussite scolaire. »

Écrans et santé mentale

Troisième coup de baguette magique, pour relancer le goût de la lecture : « Substituer la lecture aux écrans. » « Les jeunes de 7 à 19 ans passent en moyenne dix fois plus de temps en compagnie d'un écran que d'un livre », estime l'Éducation nationale. Une consommation en lien direct avec la dégradation de la santé mentale des jeunes, sujet de préoccupation majeur. À chaque rencontre, Édouard Geffray met le sujet sur le tapis. Les élèves n'hésitent pas à lever le voile sur leur mal-être.

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Comme cette lycéenne en série Sciences et techniques du théâtre de la musique et de la danse, sauvée du surmenage par son intégration en internat. Dans le bureau de Mme Deplanque, l'infirmière scolaire de Camille Jullian, un lycée bordelais pourtant favorisé, les chiffres sont cruels : sur 1 200 élèves, un quart admet souffrir de troubles anxio-dépressifs, et sur 120 protocoles de soin (PAI), pas moins de 100 sont établis pour des motifs de santé mentale. « Et encore, ce sont les chiffres officiels », glisse un professeur principal. « Il faut laisser plus de place aux jeunes, créer des instances où ils peuvent s'exprimer, devenir autonomes », conclut l'enseignant. Les remettre au centre. En substance, le même message que le ministre adresse un peu plus tard à une lycéenne en butte avec la politique de l'Éducation nationale : « Le monde de demain, c'est toi qui le feras. »