IA à l'université : l'égalité des chances menacée
IA à l'université : l'égalité des chances menacée

L'essor de l'intelligence artificielle générative dans l'enseignement supérieur pourrait anéantir des décennies de progrès en matière d'égalité des chances. C'est le cri d'alarme lancé dans une tribune publiée par Le Monde le 9 août 2026. Les auteurs, des enseignants-chercheurs, estiment que si l'université se réduit à la rédaction de requêtes adressées à l'IA, les efforts déployés depuis des années pour ouvrir l'enseignement supérieur aux étudiants défavorisés seront réduits à néant.

Une fracture numérique qui se creuse

Selon les signataires, l'utilisation de l'IA générative, comme ChatGPT, dans les travaux universitaires crée une nouvelle forme d'inégalité. Les étudiants issus de milieux aisés, qui ont un meilleur accès aux outils numériques et une meilleure connaissance de leurs fonctionnements, en tireraient un avantage considérable. À l'inverse, les étudiants boursiers ou ceux qui n'ont pas été formés à ces technologies se retrouveraient en situation de handicap.

Les auteurs rappellent que l'égalité des chances à l'université repose sur la capacité de chaque étudiant à produire un travail personnel, à développer un esprit critique et à acquérir des compétences. Or, l'IA générative, si elle est utilisée sans encadrement, peut court-circuiter ces apprentissages fondamentaux. "Si aller à l'université consiste à rédiger quelques requêtes pour l'IA, des décennies d'efforts pour l'égalité des chances vont s'effondrer", écrivent-ils.

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Des inégalités déjà bien réelles

Les inégalités d'accès au numérique ne sont pas nouvelles. Selon une étude de l'INSEE publiée en 2025, 18 % des étudiants issus de milieux défavorisés ne disposent pas d'un ordinateur personnel, contre 4 % pour les étudiants aisés. Cette fracture se double d'une fracture des compétences : seuls 35 % des étudiants boursiers déclarent savoir utiliser correctement un outil d'IA générative, contre 61 % des étudiants issus de familles aisées.

Les enseignants-chercheurs pointent également le risque de voir les étudiants les plus précaires se tourner vers l'IA pour compenser un manque de ressources culturelles ou de soutien familial. Mais cette solution de facilité, si elle n'est pas encadrée, pourrait les priver d'un apprentissage essentiel : la capacité à construire une réflexion personnelle.

Vers un encadrement nécessaire

Face à ce constat, les auteurs de la tribune appellent à une prise de conscience collective. Ils proposent plusieurs pistes : former les étudiants, dès la première année, à l'utilisation raisonnée de l'IA ; intégrer des modules sur les biais des algorithmes ; et surtout, repenser les modalités d'évaluation pour privilégier les exercices oraux ou les travaux de recherche encadrés.

"L'université doit rester un lieu où l'on apprend à penser, pas à déléguer sa pensée", insistent-ils. Ils plaident pour un débat national sur la place de l'IA dans l'enseignement supérieur, associant étudiants, enseignants et décideurs politiques.

Un enjeu de société

Cette question dépasse le simple cadre universitaire. Elle touche à la cohésion sociale et à la promesse républicaine d'une école qui permet à chacun de s'élever, quel que soit son milieu d'origine. Si l'IA générative est utilisée sans garde-fous, elle risque de reproduire, voire d'accentuer, les inégalités existantes.

Les auteurs concluent sur une note d'espoir : l'IA peut être un formidable outil de démocratisation du savoir, à condition qu'elle soit mise au service de tous et non pas seulement de ceux qui savent déjà en tirer parti. Mais cela nécessite une volonté politique forte et des moyens conséquents.

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